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Conseil Economique, Social et Culturel de Corse : RAPPORT - NON AU PADDUC

Le 26 novembre 2008 : (12:59 Unit� Naziunale, www.unita-naziunale.org - Corse - Lutte de Masse) Projet d�avis relatif au Projet de Padduc (Plan d'Am�nagement et de D�veloppement DUrable de la Corse) soumis au CESC par l�Ex�cutif de Corse.

Pr�ambule

� La loi du 22 janvier 2002 (n�2002-92), relative � la Corse (article 12) confie � la Collectivit� territoriale de Corse la responsabilit� de l'�laboration du Plan d'am�nagement et de d�veloppement durable de la Corse.

� Le plan fixe les objectifs du d�veloppement �conomique, social, culturel et touristique de l'�le ainsi que ceux de la pr�servation de son environnement ï¿½.

� ce titre :

- Il pr�cise les grandes orientations de la Collectivit� Territoriale de Corse.

- Il vaut sch�ma r�gional des transports, et sch�ma de mise en valeur de la mer.

- Il d�finit les principes de localisation des grands �quipements et infrastructures.

- Ce plan a rang de Directive territoriale d'am�nagement.

- Il est opposable aux tiers et les documents d'urbanisme devront �tre mis en compatibilit� avec lui.

 ï¿½ La d�finition du D�veloppement durable retenue par la France est celle propos�e en 1987 par la Commission mondiale sur l�environnement et le d�veloppement dans le Rapport Brundtland : � un d�veloppement qui r�pond aux besoins des g�n�rations du pr�sent sans compromettre la capacit� des g�n�rations futures � r�pondre aux leurs �. Il suppose la r�alisation des �quilibres environnementaux, sociaux et �conomiques sans supr�matie d�une composante sur l�autre. Du point de vue humain, ce d�veloppement doit demeurer �quitable (intra et interg�n�rationnel), vivable et viable.

Trois axes porteurs viennent donc �tayer cette d�finition : la dimension �conomique, la dimension sociale avec plus particuli�rement la prise en compte des besoins essentiels des plus d�munis, � qui il convient d�accorder la plus grande priorit�, et la dimension �cologique avec l�id�e pr�cise des limitations que l��tat de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacit� de l�environnement � r�pondre aux besoins actuels et futurs.

� Le projet de Padduc a �t� mis en chantier en 2003 par le Conseil ex�cutif.

� Le projet de Padduc a �t� arr�t� par le conseil ex�cutif le 24 juillet 2008.

� L�importance et la transversalit� du sujet trait� a impos� la mobilisation de l�ensemble des six commissions du CESC, dont la synth�se des travaux et des contributions multiples am�ne aux conclusions suivantes.

 

Consid�rant les points suivants

 La dimension �conomique

Des carences par rapport aux exigences l�gales

Dans le Padduc, on peut lire que:

-          � La Corse doit s�inscrire dans les courants de march�s internationaux et donc affronter la concurrence l� o� elle peut mettre en avant les ressources propres et les atouts qui la diff�rencient des autres ï¿½ (p.11)

-          � La Corse entend inscrire sa dynamique de d�veloppement dans le cadre des orientations strat�giques communautaires et nationales (Strat�gie dite de Lisbonne et de G�teborg) ï¿½ (p.31)

-          � L��re d�une certaine autarcie doit c�der la place � une attitude d�ouverture vers les march�s et circuits �conomiques internationaux pour faire �cho � la mise en place de la zone de libre �change euro-m�diterran�enne � l�horizon 2010 ï¿½ (p.32)

 

Le projet de Padduc ne fixe pas v�ritablement d�objectifs dans les secteurs �conomiques �voqu�s. Un objectif suppose que l�on fixe un but � atteindre. Or, sur ce point, le document se contente d�indiquer, de mani�re tr�s lapidaire (alors que certaines descriptions sont parfaitement inutiles, notamment au chapitre du SMVM), que la solution se trouve dans le lib�ralisme �conomique avec l�ouverture de la Corse sur le monde ext�rieur. D�autre part, ces objectifs aux contours flous p�tissent d�un d�faut d�inversion chronologique. En effet, ce document, aux sources incertaines et parfois dat�es, survient dans le d�bat sur le d�veloppement futur de la Corse alors que les programmations financi�res susceptibles de mettre en �uvre ces orientations sont d�ores et d�j� et depuis plusieurs mois adopt�es : Contrat de projets Etat / R�gion, Fonds europ�ens, aides aux entreprises, au tourisme, plans de formation, etc. Or, si la loi indique que la Collectivit� Territoriale a comp�tence pour l��laboration du Padduc, elle pr�cise aussi logiquement que cette �laboration doit s�effectuer avant l�arr�t, entre autres, des documents de programmation financi�re contractualis�s avec l�Etat ( article L4424-14).

Le taux de croissance affich� de 5% par an, sans rapport avec les r�alit�s de l��conomie mondiale

Le Padduc repose principalement sur une hypoth�se chiffr�e (p.51) : un taux de croissance de 5% par an.

C�est un objectif sans rigueur et d�connect� des r�alit�s fran�aise, europ�enne et internationale.

Avec la proclamation de cet objectif, c�est toute la cr�dibilit� du Padduc qui est remise en cause.

Quelques chiffres :

En 2006, la France enregistrait une hausse du PIB de 2,2%.

En 2007, alors que le gouvernement visait entre 2 et 2,5%, la hausse s�est limit�e 1,9%.

Pour 2008, la Ministre de l�Economie, Christine Lagarde, a tout d�abord pronostiqu� (fin 2007) un vague � autour de 2%. ï¿½. Avec plus de pr�cisions, elle a ensuite avanc� le chiffre 1,7%, pour enfin se r�soudre � avouer un petit�1%. Ces donn�es issues du Minist�re de l�Economie ont en outre �t� rendues publiques avant le � d�clenchement ï¿½ de la crise �conomique et financi�re actuelle et doivent donc tr�s probablement �tre r��valu�es � la baisse. Ces d�clarations fragiles sont par ailleurs � reconsid�rer int�gralement dans la mesure o� certains responsables politiques initialement partisans de politiques lib�rales ont r�cemment et publiquement affich� leur volont� de prendre des mesures telles que la nationalisation des banques et la � r�gulation du march� ï¿½.

En Allemagne, le taux de croissance a �t� de 2,9% en 2006 et de 2,5% en 2007. Pour 2008, la pr�vision est de 1,5% et de 1% en 2009.

En Italie, le taux de croissance en 2006 a � peine d�pass� 1% ; en 2007 il approchait 1,5%. En 2008 et 2009, il v�g�tera � 0,3%.

L�Espagne, pourtant port�e par l�immobilier, a atteint 3,7% en 2006,  pour voir ce taux s�effondrer par la suite.

Aux Etats-unis, le taux de croissance �tait de 4% en 2006 et 3,9% en 2007. Le Fonds mon�taire international (FMI) pr�voit qu�il tombera � 2,6% en 2008 et � 2,5% en 2009.

Plus globalement, le FMI pr�voit dans son Rapport semestriel sur les perspectives de la croissance mondiale en 2008 et 2009 que la croissance des �conomies avanc�es reculerait de 2,9% en 2006 � 1,4% en 2009. La croissance des �conomies �mergentes passerait quant � elles de 7% en 2006 � 5,21% en 2009.

Comment, dans de telles conditions, et sans compter les d�g�ts structurels et profonds d�j� caus�s par la crise financi�re mondiale actuelle, la Corse arracherait-elle un 5% de taux de croissance par an dans la p�riode 2007/2013 ?

Un d�veloppement bas� sur le d�veloppement de l��conomie r�sidentielle et sur une mono-activit� touristique, activit� saisonni�re par excellence. 

Le projet de Padduc pr�cise : "La Corse doit mieux exploiter le potentiel qui est le sien" (p.44). Le mot tourisme, s'il est absent du sommaire de ce projet, conna�t 55 occurrences, diss�min�es dans tout le projet.

Le Padduc (p. 32) affirme vouloir d�velopper l��conomie r�sidentielle.

Dans de nombreuses communes littorales, le taux de r�sidences secondaires existantes par rapport aux r�sidences des habitants permanents d�passe d�j� 40%. Cela pose en outre la question d�une distinction claire entre r�sidences principales et r�sidences secondaires. Le d�veloppement planifi� du nombre de ces derni�res pose la question du d�veloppement d�mographique de la Corse ; or, le Padduc pr�cise que � le dynamisme d�mographique de la Corse est d� presque enti�rement au solde migratoire, le solde naturel y contribue beaucoup moins ï¿½ (p. 18). Pourquoi ne trouve-t-on dans le document aucune allusion aux cons�quences d�un tel essor d�mographique sur une soci�t� corse d�j� fragilis�e ? Toute �le �tant un espace confin�, on y constate souvent une condensation des effets n�fastes et les pressions exerc�es sur l�espace insulaire en sont d�autant plus fortes.

Cette �conomie r�sidentielle qui tourne le dos � l�activit� productive est contraire � la notion de D�veloppement durable. D�voreuse d�espaces, elle d�truit les paysages, les sites remarquables, les terres agricoles. Elle augmente la pression fonci�re et la sp�culation sur ces terres, mena�ant �galement la finalit� agricole de nombreux espaces.

L'Agence fran�aise de l'ing�nierie touristique consid�re le tourisme durable comme � toute forme de d�veloppement, d'am�nagement ou activit� touristique qui respecte et pr�serve � long terme les ressources naturelles, culturelles et sociales, et contribue de mani�re positive et �quitable au d�veloppement �conomique et � l'�panouissement des individus qui vivent, travaillent ou s�journent dans ces espaces ï¿½.

Un d�veloppement bas� sur une mono-activit� �conomique entra�ne la vuln�rabilit� de l'ensemble de l'�conomie aux chocs ext�rieurs du fait de sa d�pendance � un seul secteur.

Un tel sch�ma de d�veloppement laisse appara�tre un profond d�s�quilibre intersectoriel entre un secteur en expansion (ici, le tourisme) et les difficult�s des secteurs traditionnels (agriculture, industrie), ce qui entra�ne une migration forc�e des emplois depuis les secteurs en crise vers le secteur en expansion. Ainsi, aucun engagement pr�cis n�est pris en mati�re �conomique et sociale pour tenter d��quilibrer le d�veloppement vers d�autres secteurs comme par exemple les activit�s industrielles de pointe li�es � l��nergie, au transport, � la communication ou dans le secteur agricole qui ne peut pas �tre uniquement destin� � des produits haut de gamme.

Dans une p�riode de crise �conomique et financi�re mondiale, de changement climatique, de concurrence internationale avec les pays �mergents dans le domaine de l�offre touristique, le d�veloppement du seul secteur touristique place la Corse dans une forte position de vuln�rabilit�.

L��quilibre social doit reposer sur le d�veloppement des activit�s primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire.

Un d�veloppement bas� sur un tourisme littoral

Le Padduc ignore le tourisme social. Il envisage toutes les formes de tourisme pour "renforcer la politique touristique" : haut de gamme culturel, sportif, d'affaires, vert� � l�exception du tourisme social, grand absent du projet.

Le Padduc ignore l�int�rieur de l��le : les 18 000 lits nouveaux programm�s dans ce projet de Padduc ne seront certes pas situ�s "dans l�int�rieur de l��le, avec une mention particuli�re pour les structures de charme r�habilitant le patrimoine b�ti" comme �voqu� p. 46.

Le Padduc n��tudie pas la globalit� de l'activit� touristique. O� seront localis�es les infrastructures ? Que vont consommer les touristes sur place ? Comment les touristes seront-ils transport�s ? Combien co�te au total le tourisme � la collectivit� ? En Corse, le tourisme repr�sente entre 12 et 15 % de la valeur ajout�e produite. Cette activit� est incontestablement un des moteurs de l��conomie mais si l�on souhaite d�velopper un � tourisme durable ï¿½ respectueux des �quilibres sociaux, �conomiques et environnementaux, il faut pr�ciser certains points importants, ce que le PADDUC ne fait pas :

-          Co�t en infrastructures publiques obligatoirement surdimensionn�es en raison de l'afflux touristique mais dont les carences sont d�j� fortement ressenties,

-          Co�t pour les espaces naturels d�finitivement occup�s,

-          Co�t pour l'environnement et le traitement du surplus de d�chets,

-          Co�t de l�accroissement incontr�l� des prix du foncier et de la sp�culation (ph�nom�ne d�j� en cours d�expansion et qui ne ferait que s�aggraver avec ce Padduc), modalit�s environnementales et fiscales des r�sidences secondaires,

-          Co�t des biens de consommation non produits en Corse,

-          Co�t social exorbitant : pr�carit�, ch�mage, bas salaires, etc.

Un co�t total d�une telle ampleur est inacceptable pour la population et ce type de tourisme, tel que le d�fend ce projet de Padduc, n'est ni vivable, ni viable, ni �quitable pour les int�r�ts de la majorit� des Corses. Il constitue en r�alit� un dangereux projet de soci�t� qui a fait la preuve de sa nuisibilit� partout ailleurs dans le monde. Par exemple, l�augmentation des prix caus�e par l�afflux touristique frappera de plein fouet les consommateurs corses qui, eu �gard � leur pouvoir d�achat, seront consid�r�s comme des touristes sur leur propre �le. Or, le probl�me essentiel du co�t de la vie est ignor� dans le Padduc : par exemple, la mise en place d�un contr�le public des prix, sur la base d�une exp�rimentation l�gislative autoris�e par la loi du 22 janvier 2002, n�est absolument pas �voqu�e.

 La n�gation d�un tourisme de qualit�

La richesse, l�abondance et la diversit� du patrimoine culturel et environnemental de la Corse constituent l�attrait fondamental de la � destination corse � et l�atout majeur du d�veloppement touristique de notre �le. Il est indispensable de le conserver, de le pr�server et de le dynamiser, tout en permettant un d�veloppement �conomique raisonn� et ma�tris�.

Dans ce contexte, les raisons et l�utilit� des d�placements des limites des zones remarquables du littoral et de celles des espaces proches du rivage pourraient, � plus ou moins court terme, avoir des r�percussions n�gatives sur les activit�s li�es � un tourisme de qualit�. Le � produit insulaire ï¿½, pour �tre un v�ritable vecteur de croissance �quilibr�e, doit prendre en compte dans sa conception les sp�cificit�s de la Corse comme territoire identitaire, et non uniquement les �l�ments st�r�otyp�s de l��le comme lieu purement h�liotropique. Il est donc logique de chercher � promouvoir une activit� touristique dans les �conomies insulaires mais la question qui se pose est de savoir sous quelles conditions le tourisme est durable c'est-�-dire viable, vivable et �quitable.

La strat�gie de d�veloppement par le tourisme exige donc que l�on analyse ses impacts environnementaux, �conomiques et sociaux. Or, rien n�est indiqu� dans ce Padduc sur ces trois types d�impacts qui sont intrins�quement li�s.

Absence de gestion de la mer

Le Padduc tourne le dos � l�activit� artisanale de p�che et va jusqu'� affirmer que le poisson n�est pas de qualit� (p.157), ce qui constitue une affirmation insupportable, au premier chef pour les professionnels du secteur dont le travail est unanimement reconnu.

Le Padduc remplace les ports de p�che par ceux de plaisance, aggravant la situation actuelle (� Toga par exemple, les cinq emplacements gratuits offerts � vie � la prud�homie des p�cheurs ont disparu).

La sp�cificit� de la p�che artisanale corse n�est pas reconnue alors qu�un tr�s r�cent rapport de l�Ifremer salue la bonne gestion du chalutage en Corse ainsi que la qualit� de ses produits.

 Les terres agricoles ouvertes � l�urbanisation

La conclusion du document d��laboration du Padduc, de l�Odarc, Groupe agriculture, en novembre 2004, souligne : � La notion de d�veloppement durable impose un maintien g�n�ral de la terre agricole. �

Le Padduc indique p.80 que la � potentialit� rurale (de la Corse) demeure et doit demeurer ï¿½. Mais il affirme �galement (p.84) que � la n�cessaire pr�servation  de ces espaces (� potentialit�s agronomiques dominantes) ne fait pas obstacle � l�extension pr�visible et n�cessaire des zones agglom�r�es et des zones d�activit�s (�) afin de faire face � l�accroissement continu de la population et de ses besoins ï¿½.

La vocation dominante des espaces � potentialit�s agronomiques majeures ne fait pas non plus obstacle selon le Padduc :

- � l�implantation des r�seaux de transport et d��nergie,

- aux activit�s de loisirs,

- au changement de destination des constructions existantes s�il est li� � la vocation des espaces correspondants.

En contradiction avec lui-m�me, le Padduc affirme donc possible l�urbanisation des meilleures terres, celles au meilleur rendement.

Muet sur la strat�gie

Le document est muet sur la strat�gie qu�il convient d�adopter au regard des outils n�cessaires � l�accompagnement des initiatives �conomiques.

Le renvoi au dispositif existant en mati�re d�aides �conomiques, d�risoire dans le contexte actuel, n�est pas � la hauteur de l�ambition affich�e qui consiste � concurrencer les march�s (bien �tablis) nationaux et internationaux.

Il est paradoxal que le document se prononce pour une strat�gie de rupture devant orienter la Corse de la consommation vers la production (p.12). Par la suite, le Padduc indique que �l��re d�une certaine autarcie doit c�der la place � une attitude d�ouverture vers les march�s et circuits �conomiques internationaux ï¿½ (p. 32). Mais de quelle autarcie s�agit-il ? La question (autant que la philosophie) du syst�me dit de � continuit� territoriale ï¿½ n�est pas du tout abord�e et reste donc confort�e en l��tat alors qu�il faut se poser clairement cette question : comment exporter davantage avec le subventionnement massif des produits ext�rieurs ? Le fonctionnement de la continuit� territoriale doit �tre remis � plat afin de permettre la mise � niveau de la Corse par rapport aux autres r�gions fran�aises.

De m�me, pas un mot n�est dit sur les instruments fiscaux qui accompagnent toute politique de d�veloppement. Le statut fiscal de la Corse doit-il �tre maintenu en l��tat ou redimensionn� en �tant pens� de l�int�rieur pour favoriser la production et non accompagner la seule consommation ?

D�veloppement et croissance

Le Padduc ignore la d�finition des mots, confondant des notions cruciales comme � patrimoine ï¿½ et � capital ï¿½. C�est ainsi que le concept probl�matique de � capital naturel ï¿½  appara�t avec r�currence dans le document (pp.11, 13, 157).  L�environnement appara�t comme une donn�e �conomique qu�il convient de faire fructifier, sans pour autant en garantir la p�rennit�. Il convient �galement que le Padduc d�finisse clairement ce qu�il entend par � capital identitaire ï¿½ (p. 35) : cette formule survient dans un passage o� la mondialisation est mise sur le m�me plan que la valorisation de l�identit�, deux notions � apparemment paradoxales mais en fait compl�mentaires ï¿½ (p. 34). Cette compl�mentarit� n�est gu�re explicit�e. Il en va de m�me avec les id�es de d�veloppement et de croissance, qui ne renvoient pas aux m�mes objectifs. Celui qui est affich� p. 51 (�un taux de croissance de 5% par an ï¿½) subordonne ainsi le concept de d�veloppement durable � celui de croissance � tout prix.

La dimension sociale et culturelle

En consid�ration de la d�finition du d�veloppement durable,  le volet social et culturel de ce projet est en r�alit� totalement inexistant.

 La n�cessaire adh�sion citoyenne � ce document

� la page 11 du projet de Padduc on peut lire que � le Plan d�am�nagement et de d�veloppement durable a (�) pour objet d��tre un guide de l�action ; � travers la strat�gie qu�il d�finit et les orientations qu�il pr�conise. (�)  C�est dire la n�cessit� d�une large adh�sion � ce document strat�gique ï¿½.

Si les repr�sentants d�mocratiquement �lus de Corse ont la comp�tence juridique de voter ce projet de Directive territoriale d�am�nagement, ils ont le devoir, comme le souligne le pr�ambule du Padduc, d��tre � l��coute de la soci�t� civile et de requ�rir l�approbation sociale.

� aucun moment les syndicats de salari�s n'ont �t� consult�s. Les institutions importantes telles que l'Universit� de Corse ou le CESC n�ont pas, non plus, �t� audit�es. De surcro�t, les demandes de participation � l��laboration du Padduc �manant du CESC ont �t� ignor�es.

Les manifestations de l�expression citoyenne relev�es ces derniers mois montrent que ce sc�nario d�avenir pour la Corse porte en lui les germes de la discorde sociale. Si le Padduc doit �tre un v�ritable choix de soci�t�, il lui est indispensable de susciter un authentique consensus, durable et non circonstanciel.

L�impact social du tourisme

L�objectif est fix� quantitativement p.45 : il s�agit de parvenir d�ici 15 ans � " la cr�ation de l�ordre de 18 000 lits nouveaux, majoritairement h�teliers ", en d�autres termes, doubler la capacit� h�teli�re de la Corse. Un tel d�veloppement doit attirer n�cessairement l�attention des grands groupes h�teliers dont les moyens tr�s importants peuvent �carter du march� les entreprises et industriels locaux.

Au plan social et qualitatif, le tourisme tel que le con�oit ce Padduc implique �galement des cons�quences importantes : par exemple, 54% de salari�s au Smic, des conditions de travail souvent d�plorables avec comme seul exemple des dur�es hebdomadaires de travail de 115 heures pendant la saison 2008, des conditions de logement d'un autre monde ; c�est aussi au moins 10 000 salari�s saisonniers, dont une majorit� venus du continent ou de plus loin, car plus facilement exploitables, moins inform�s de leurs droits, et qui se retrouvent parfois sans domicile ni ressources, pay�s en r�alit� un peu plus de 2 euros de l'heure, soit l��quivalent du SMIC des ann�es 80, et qui, s'ils osent faire valoir leurs droits, se heurtent � un v�ritable parcours du combattant juridique et social car rien n'est adapt� � leur situation.

Tous ces saisonniers sont des pr�caires, souvent des travailleurs pauvres, certains restant fig�s dans ce statut jusqu'� un �ge avanc�, ce qui leur laisse comme seule perspective d'avenir une retraite minime et une existence sociale probl�matique.

La plupart de ces saisonniers regagnent leur r�gion ou pays d�origine en fin de saison, emportant et v�hiculant une image de la Corse en rapport avec leurs vicissitudes : il est permis d�attendre mieux comme vitrine de la promotion touristique et de la valorisation de notre �le. D'autres, de plus en plus nombreux, restent en Corse car, la pr�carit� se valant partout, autant la subir dans une r�gion au climat relativement am�ne. Rien n'est pr�vu au niveau des collectivit�s locales pour prendre en compte les besoins de cette nouvelle population de pr�caires.

Le tourisme est �galement un secteur frapp� par une fraude sociale importante (pour l�Agence centrale des organismes de s�curit� sociale, le taux de fraude en 2006 atteignait 26,5% (moyenne nationale) voire 61% pour certaines r�gions) et ce, malgr� l�incitation � la r�gularisation du travail dissimul�, argument phare des � aides Sarkozy ï¿½, vers�es aux employeurs depuis juillet 2004 � hauteur d�1,5 milliards d�euros par an et fortement revaloris�es en 2008 (dans certains cas, 180 euros par mois et par salari�) sans aucune contrepartie sociale impos�e en terme d�emplois durables (dur�e ind�termin�e et � plein temps) ou de compensation d�un co�t de la vie tr�s �lev� en Corse (indemnit� de transport ou prime de vie ch�re vers�s aux salari�s par leurs employeurs par exemple).

Dans un contexte de  pr�carit� : la croissance garante de la coh�sion sociale

Le chapitre premier du Padduc intitule son point 2.2 "Une croissance garante de la coh�sion sociale".

Ce titre est � lui seul une contre-v�rit�. La croissance ne garantit plus la coh�sion sociale : bien au contraire, avec l'accroissement des richesses se produit un accroissement des in�galit�s et de la pauvret�, notamment avec l�augmentation du nombre de travailleurs pauvres. D�autre part, les objectifs de croissance affich�s par le Padduc, irr�alisables dans le cadre du seul march� corse, n�cessitent fondamentalement un important afflux de capitaux et fonds ext�rieurs. Or, � l�apport des fonds publics ext�rieurs ne repr�sentera plus demain ce qu�il fut hier et ce qu�il est encore aujourd'hui ï¿½ (p. 32). Les fonds en question rel�veront donc essentiellement du domaine priv�, ce qui pose in�luctablement la question du contr�le de leur provenance et de leur r�partition. Ces risques d�iniquit� dans l�acc�s aux richesses peuvent se r�percuter �galement dans l�acc�s � certains biens premiers : eau, terre, logement, etc.

Confondre croissance �conomique et v�ritable d�veloppement �conomique, social et culturel constitue une erreur manifeste au moment o� la Corse subit un fort accroissement de la pr�carit� : dans l��le, 25 000 personnes (soit 10% de la population) survivent avec moins de 660 euros par mois, et sur 47 000 retrait�s, la moiti� per�oit moins de 900 euros par mois. 25% des retraites per�ues en Corse sont inf�rieures � 560 euros par mois ce qui place la Corse au 1er rang des r�gions fran�aises pour la pr�carit� des plus de 60 ans (source: Insee).

Des affichages regrettables en terme de logement social

La n�cessit� de d�velopper le logement social afin de rattraper le retard de la Corse en la mati�re apparait �vidente, permettant ainsi aux Corses de se loger dignement. Ceci, tout en respectant les orientations du d�veloppement durable qui incitent au regroupement urbain et � l�habitat group� pour �viter le mitage du paysage et l�extension des r�seaux, limitant ainsi les d�placements g�n�rateurs de pollution.

L�objectif de construction de 600 logements sociaux par an annonc� publiquement par le pr�fet de R�gion (Mr Leyrit) dans de nombreux articles de presse (Cf. r�union du Comit� r�gional de l�Habitat du 25 juin 2008 en pr�fecture d�Ajaccio) est nettement sup�rieur aux donn�es affich�es dans ce projet de Padduc.

Une soci�t� dans laquelle la richesse intellectuelle s�amenuise

Le d�veloppement de la seule activit� touristique est constitutif d�une soci�t� dans laquelle la richesse intellectuelle diminue (moins de chercheurs, de scientifiques, d�ing�nieurs�) tandis que les savoir-faire disparaissent. Cet �tat de fait s�applique d�ailleurs, plus g�n�ralement aux mod�les �conomiques dans lesquels le rapport production /consommation est d�s�quilibr�. C�est vers quoi nous conduit ce projet de Padduc.

La faible importance accord�e au domaine Recherche et D�veloppement dans le Padduc s�explique car le tourisme expansif est un secteur qui en requiert tr�s peu. Corr�lativement, on constate dans ce contexte un besoin tr�s limit� en travailleurs qualifi�s. La formation aux m�tiers du tourisme elle-m�me est abandonn�e par le Padduc au secteur priv�, sans garantie de qualifications ni de reconnaissance professionnelle. L�orientation propos�e m�ne ainsi dans une direction oppos�e aux principes d�une Soci�t� de la Connaissance pr�conis�e au niveau europ�en et international. Si la mondialisation est pr�sent�e dans le Padduc comme � in�vitable et souhaitable ï¿½ (p.58), pourquoi le Padduc n�en retient-il que les aspects �conomiques et comp�titifs, au d�triment des orientations scientifiques et �ducatives institu�es notamment par les directives europ�ennes ?

 

L��ducation et la formation : impr�cisions et oublis coupables

Dans les domaines de l��ducation et de la formation, le projet de Padduc esquisse une strat�gie en s�appuyant sur des donn�es chiffr�es totalement obsol�tes ï¿½ savoir les documents de travail de l�Oref de 2002 et 2003. Ces donn�es sont aujourd�hui profond�ment boulevers�es : il en est des variations d�effectifs �l�ves comme du nombre d�enseignants avec les centaines de suppression de postes.

Le Projet de Padduc fait �galement des confusions. Ainsi, parmi les solutions propos�es trois rel�vent des fonctions r�galiennes de l��tat et non de l�action directe de la CTC. Il s�agit de l�orientation et l�information, de l�acquisition des savoirs fondamentaux, de la formation pour l�int�gration �ducative.

La quatri�me action qui traite plus sp�cifiquement de la formation en alternance n�offre, pour seule solution, que la r�alisation d�une infrastructure : � un grand �quipement consacr� � la formation aux m�tiers du tourisme �.

Par ailleurs et alors que le diagnostic fait �tat d�une � situation peu satisfaisante en partie imputable � une efficacit� non optimale du syst�me �ducatif ï¿½, aucune proposition n�est fait pour le rendre optimal.

Le Padduc se r�v�le dans l�incapacit� de faire respecter le volet �ducation de la loi du 22 janvier 2002 : ��Chaque ann�e, la Collectivit� territoriale de Corse arr�te la structure p�dagogique g�n�rale des �tablissements d�enseignement du second degr� en tenant compte du sch�ma pr�visionnel des formations� L��tat fait conna�tre � l�Assembl�e de Corse les moyens qu�il se propose d�attribuer � l�acad�mie de Corse� ï¿½ (article L-4424-1).

Si la Collectivit� territoriale a comp�tence pour �tablir la carte scolaire, cette comp�tence est limit�e par les moyens octroy�s. Ainsi, en Corse les fins d�ann�es scolaires comme les rentr�es, se font sous tension : fermetures de classes annonc�es, d�placements de postes, ouvertures sous condition, etc. Alors que la CTC a pris la d�cision politique de revitaliser l�int�rieur en y favorisant l��ducation et la formation par le maintien des �tablissements scolaires (lieux de vie et support de tout d�veloppement) les services de l��tat y opposent une insuffisance d�effectifs, au nom de Dotation horaire globale (DHG) appliqu�e sur le plan national.

Le projet de Padduc, n�esquisse aucune solution pour ne plus faire supporter aux jeunes scolaris�s de Corse, la faible d�mographie ou la petite taille de cette derni�re ; pas plus qu�il soul�ve des r�flexions pour que les �l�ves des �coles, coll�ges et lyc�es de notre r�gion puissent avoir les m�mes droits que sur le territoire national et b�n�ficier des horaires officiels d�enseignement d�un niveau, quels que soient les effectifs de ce dernier.

Le cadre normatif sp�cifique pour l�enseignement du second degr� en Corse est oubli� du Padduc. Celui-ci a �t� d�finit par un rapport du pr�sident du Conseil ex�cutif en novembre 2007, qui souligne que � la mise en �uvre du sch�ma pr�visionnel des formations fait appara�tre l�inadaptation de l�annualit� de la concertation sur les moyens d�enseignement ï¿½ ; et que � la prise en compte des contraintes structurelles de l�acad�mie (notamment la volont� de maintenir une offre territoriale de proximit�)� justifierait un engagement de l��tat formalis� sur le moyen terme ï¿½.

Le projet de Padduc est muet quant � cette mesure de cadre normatif, pourtant recommand�e depuis deux ans par le CESC ; examin�e et valid�e lors des deux derni�res r�unions du Comit� d�orientation de suivi et d��valuation (Cose) mis en place par la CTC, puis vot�e en novembre 2007.

Le projet de Padduc discrimine la culture identitaire et la culture universelle.

L�identit� et la culture corses sont consid�r�es comme des plus-value de l��conomie locale ; la � culture universelle ï¿½ est pour sa part envisag�e dans le cadre d� ï¿½ ï¿½changes avec l�ext�rieur ï¿½ (p.62). Or, il n�est pas tenable de s�parer, comme le fait le Padduc, l�identitaire de l�universel. Il est acquis, notamment depuis les travaux de Claude L�vi-Strauss, que toutes les cultures, petites ou grandes, contribuent � inventer de l�humain et de l�humanit�, et qu�� ce titre elles participent toutes de la culture universelle. Il n�est donc pas possible de consid�rer l��conomie comme un facteur neutre d�identit�, car l�orientation voulue par ce Padduc pr�sente l�identit� comme un bien de consommation.

La culture install�e au rang de plus-value �conomique

La notion de culture semble traverser en permanence ce projet de Padduc. Pourtant, elle ne fait pas partie des dix � domaines prioritaires ï¿½ du Padduc (p.14). Paradoxalement, l�attribution d�une place r�currente � la culture patrimoniale installe la culture dans une vitrine intangible : elle doit �tre le d�cor de la sc�ne �conomique, sa plus-value superficielle. De mani�re g�n�rale, l�aspect culturel dans le Padduc est abord� dans une perspective de pure � valeur ajout�e ï¿½ : la culture ne m�rite d��tre valoris�e que si elle permet de mieux vendre. Ainsi,  dans l�hypoth�se de la r�ussite �conomique de ce Plan, l�identit� et la culture corses feraient office de support publicitaire � la cr�ation de richesses.

Or, la culture, ins�parable du lien social, doit interagir sur un pied d��galit� avec l��conomique et demeurer de la sorte un facteur d�identit�, d�inventions et de r�sistance positive � l�assimilation.

L�essor culturel d�un pays qui ma�trise son d�veloppement repose, pour une part importante, sur les arts vivants. Or, ce Padduc hypoth�que s�rieusement ce type d�expression artistique en subordonnant globalement la production culturelle � l�objectif �conomique. La cr�ation de richesses, dont l�importance est incontestable, est cependant moins importante que la captation desdites richesses, afin qu'elles demeurent et fructifient l� m�me o� elles apparaissent. Il est permis de se demander si l�appauvrissement culturel  de la Corse, caus� par une instrumentalisation marchande de l�identit� et de la culture corses, ne risque pas de provoquer �galement un appauvrissement �conomique de l��le. Une conception superficielle et monnayable de la culture, con�ue comme simple pr�texte �conomique, va � l�encontre des objectifs du d�veloppement durable.

La gestion de la ressource en eau ignor�e

Dans le contexte pr�occupant du r�chauffement climatique, la gestion de la ressource en eau touche aux questions d��quit� et de coh�sion sociale. Elle constitue une richesse � �conomiser et g�rer durablement.

Le Padduc n��voque jamais la gestion de la ressource en eau.

Le Padduc ne fait jamais r�f�rence au Sage (Sch�ma d�am�nagement et de gestion des eaux).

Le Padduc pr�conise avec insistance le d�veloppement d�une Corse vue comme ï¿½ destination golfique ï¿½ (p.46). Cette notion de destination golfique induit une multiplication du nombre de golfs en Corse. Alors que la Corse poss�de d�j� cinq parcours golfiques, plusieurs nouveaux projets sont inclus dans les PLU : Olmetu, Purti Vechju (2), Solaru, Olmeta di Tuda, Bunifaziu-Balistra.

La construction et l�entretien d�un parcours de golf n�cessitent d��normes quantit�s d�eau et de fertilisants. L�Agref � Association des green-keepers fran�ais � avait calcul� en 2005 que les besoins en arrosage d�un terrain classique �taient de 3 176 m3 d�eau par hectare et par an. Toutefois, un rapport bien plus s�v�re du S�nat �valuait en 2003 cette consommation � 3 800 m3. Dans les cas extr�mes (r�gions o� la pluviom�trie est faible, au climat de type maghr�bin), elle peut atteindre jusqu�� 6 500 m3 . En nous en tenant aux moyennes fran�aises, et sachant qu�un terrain de golf fait 40 hectares environ, on obtient une consommation moyenne qui satisferait les besoins en eau d�une petite ville de 7 000 habitants.

Une autre source (Rapport du s�nateur Miquel, 2003 -  Agence de l�eau Rh�ne-M�diterran�e-Corse) affirme qu�un golf haut de gamme de 18 trous atteint une consommation de 5.000 m3/jour ; cette consommation �quivaut � la satisfaction des besoins d�une collectivit� de 12.000 habitants. D�une mani�re plus parlante, on peut affirmer qu�un jour d�arrosage du golf de Sperone correspond � la consommation d�eau de la population de Bunifaziu pendant cinq jours. 

D�une mani�re g�n�rale, le tourisme est une industrie n�cessitant d�importantes ressources en eau. Un touriste consomme ainsi environ 300 litres d�eau par jour.

L�eau peut �galement �tre source de conflits entre les acteurs des pratiques touristiques et les divers acteurs de l��conomie locale, les agriculteurs pouvant par exemple se trouver en situation de concurrence avec les h�tels pour l�acc�s � l�eau.

Urbanisation du littoral en p�riode de mont�e du niveau des mers

Les effets du r�chauffement climatique constituent une probl�matique ignor�e par le Padduc.

Les scientifiques pr�voient une �l�vation importante du niveau de la mer au cours du XXIe si�cle. Si les mod�les anticipent des diff�rences r�gionales et locales importantes dans les changements relatifs au niveau des mers, tous s�accordent sur les cons�quences majeures. Les faits sont d�sormais ind�niables.

Le rapport d��valuation du GIEC 2001 (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'�volution du climat) note qu'on peut s'attendre � ce que les changements climatiques actuels et futurs aient un ensemble d�impacts profonds et complexes sur les syst�mes c�tiers, incluant une �rosion c�ti�re acc�l�r�e, des invasions marines dues aux temp�tes, des changements dans les caract�ristiques et dans la qualit� de l'eau de surface et des eaux souterraines (salinisation), le d�clin qualitatif du sol et de l'eau.

Certains pays (Allemagne, Belgique, Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni) ont mis en �uvre certaines mesures pr�parant leur pays � limiter ces risques et/ou � s'y adapter.

C�est dans ce contexte que le Padduc ouvre le foncier littoral corse � une urbanisation accrue, quand il faudrait  au contraire pr�voir les cons�quences sociales, �conomiques et environnementales du r�chauffement sur les espaces littoraux.

Alors que la Corse est une �le, le Padduc ignore les informations d�ordre scientifique n�cessaires pour agir face aux risques induits par le changement climatique et envisager d��ventuelles strat�gies d�adaptation.

 

Les probl�mes sanitaires dus notamment � l�amiante ignor�s.

Alors que la g�ologie de la Corse pose de mani�re aigu�, en Haute-Corse notamment, la question de la constructibilit� des terrains amiantif�res et le traitement de leurs d�blais, aucune mesure de pr�vention ni aucune solution n�est envisag�e dans le Padduc.

La langue corse, un atout social ignor�

Le Padduc fixe les objectifs du d�veloppement �conomique, social, culturel et touristique de l'�le ainsi que ceux de la pr�servation de son environnement. Dans ce cadre la langue corse est cit�e comme un atout de coh�sion sociale (p.56). C�est ce que confirment d�ailleurs toutes les recherches en sociolinguistique.

On s��tonne alors qu�aucune strat�gie ni aucune action ne soit d�clin�e alors que l�enjeu est reconnu comme socialement strat�gique dans un contexte de d�veloppement durable.

On s�en �tonne d�autant plus qu�un  � Plan strat�gique d�am�nagement et de d�veloppement linguistique pour la langue corse 2007-2013 ï¿½ a �t� vot� � l�unanimit�, le 22 juillet 2007, par l�Assembl�e de Corse. Aucune allusion dans le Padduc !

Ce Plan est directement issu des travaux r�alis�s, sous l�autorit� de l�Assembl�e de Corse, par le Cunsigliu di a lingua constitu� d�un Comit� de pilotage et d�un Conseil scientifique. Ces travaux sont mat�rialis�s dans un rapport scientifique intitul� Lingua corsa : un fiatu novu que le Plan strat�gique traduit en axes de d�veloppement et plans d�action d�clin�s en dix fiches-actions clairement �tablies, parmi lesquelles la Charte de la langue corse. Le Padduc ignore ces propositions concr�tes et n�offre aucune perspective substantielle au d�veloppement de la langue corse.

Du reste, la langue corse n�est gu�re �voqu�e dans l�ensemble du Padduc. Globalement, aucun cadre normatif sp�cifique n�est propos� pour l�int�gration de la langue au syst�me �ducatif corse, alors les �l�ments d�un tel cadre ont �t� vot�s par la CTC. Parall�lement, aucune r�flexion n�est �labor�e sur le statut de la langue corse face aux cons�quences de la politique d�mographique pr�conis�e dans le Padduc.

Les �l�ments de diagnostic (40 lignes) tournent le dos au travail du Cunsigliu di a lingua, diffus� le 20 d�cembre 2006, pour se r�f�rer plut�t au rapport de l�Insee d�avril 2004. Le rapport diagnostic du Cunsigliu a pourtant vocation � �tre la base de r�f�rence pour une strat�gie de d�veloppement et de diffusion de la langue.

Les priorit�s d�actions sont encore moins d�velopp�es (19 lignes, p.58) et la dimension op�rationnelle est occult�e. Un flou coupable parle diversement d� ï¿½ objectif � long terme ï¿½ ; de � mieux d�finir la place et les fonctions de la langue corse ï¿½ ; de � se pr�occuper de perspectives visant � accro�tre la pr�sence dynamique de la langue dans l�espace public ï¿½ ; de � soutien institutionnel ï¿½ (sans autres pr�cisions).

Il n�est jamais fait r�f�rence aux travaux, pourtant minutieux, r�alis�s par le Cunsigliu di a lingua. Ces travaux sont mat�rialis�s sous la forme de deux documents :

� Le premier, r�alis� en 2006 par le Conseil scientifique, Lingua corsa : un fiatu novu. Ce document de 66 pages dresse un �tat des lieux pr�cis et se conclut par des propositions d�objectifs op�rationnels.

� Le second �mane du Comit� de pilotage (compos� de membres de l�Assembl�e et du conseil �conomique social et culturel de Corse) en juillet 2007 et traduit le premier document en axes de d�veloppement et plans d�action. La strat�gie  se d�cline en dix fiches-actions clairement �tablies.

Dans le domaine du tourisme, la langue corse se r�sume � quelques d�clarations d�intention qui t�moignent du faible int�r�t que lui accorde ce projet de Padduc. On notera toutefois que la langue corse est envisag�e dans les modules de formation professionnelle, comme le CESC l�a pr�conis� � de nombreuses reprises.

En revanche, rien n�est envisag� quant � la proposition r�currente de la cr�ation d�un Office de la Langue corse ind�pendant. Constitu� de membres repr�sentatifs � l�image du Comit� de pilotage, il devrait �tre en mesure de prendre toutes les dispositions n�cessaires au d�veloppement et � la diffusion de la langue.

Des travaux, r�alis�s sous l�autorit� de l�Assembl�e de Corse dans le cadre du Plan strat�gique d�am�nagement et de d�veloppement linguistique de la langue corse 2007-2013, ont �dit� un �tat des lieux et pr�sent� des strat�gies concr�tes, parmi lesquelles la Charte de la langue corse. Le Padduc ignore ces propositions concr�tes et n�offre aucune perspective substantielle au d�veloppement de la langue corse.

 

Une offre touristique qui tourne le dos au patrimoine historique.

L��conomie du tourisme suppose, pour exister, d��tre adoss�e � une offre d�accompagnement, en particulier un type d�offres li�es � l�environnement naturel et culturel. Celles-ci doivent s�appuyer sur un � plateau ï¿½ de qualit� avec un solide support scientifique.

La n�cessit� de la mise en valeur du patrimoine culturel s�impose donc comme une condition n�cessaire � la p�rennit� de ce secteur �conomique.

L�urbanisation du littoral sans aucun diagnostic arch�ologique constitue alors un obstacle majeur � la promotion d�une �conomie patrimoniale. Si l�on consid�re le r�sultat des fouilles arch�ologiques effectu�es depuis une trentaine d�ann�es sur l��le, on s�aper�oit que les principaux sites d�habitats se trouvent sur une plage altim�trique comprise entre 0 et 300 m�tres d�altitude (cet �tat de fait s�explique par la facilit� � se procurer de la nourriture : produits de la p�che en mer, de la chasse et, en outre, par la pr�sence de zones humides permettant la r�colte d�argile, l�utilisation du jonc�).

Le d�classement, essentiellement d�espaces remarquables en zones littorales, ouvre de grands secteurs � l�urbanisation et provoque la destruction in�luctable de sites arch�ologiques.

Cela est valable aussi bien pour la p�riode pr�- et protohistorique (IXe � Ier mill�naire av. J.-C.) que pour la p�riode classique, avec la civilisation gr�co-romaine dont l�implantation s�est faite tr�s majoritairement sur le littoral.

Ces destructions sont d'ailleurs effectives ces trente derni�res avec l'absence de structures de tutelles, telles qu'elles existent dans l'ensemble des autres �les m�diterran�ennes. Certains d�partements fran�ais parmi les moins riches, comme l'Ard�che, ou encore des Communaut�s de commune situ�es dans des r�gions de moindre importance arch�ologique (Douai, dans le Nord par exemple), disposent des services arch�ologiques �labor�s et performants.

La protection et la mise en valeur du Patrimoine monumental et arch�ologique figurent dans les objectifs du Padduc sans que les moyens n�en soient explicit�s. La Corse est la seule r�gion de France � �tre totalement d�pourvue d'un service arch�ologique qui puisse prendre en compte l'arch�ologie pr�ventive et g�rer un patrimoine immense laiss� � l'abandon.

Les cartes � �chelle microscopique contenues dans le Padduc sont l'illustration de cette ignorance du patrimoine. Elles concernent des choix arbitraires de monuments ou de sites, essentiellement propri�t�s de la CTC. Or, il ne peut y avoir de s�lection pour la sauvegarde d'un patrimoine unique et irrempla�able. Chaque destruction de site arch�ologique, chaque disparition induit la perte d�finitive de pages d'histoire que personne ne pourra r�crire.

 

 La dimension �cologique

Les cartes doivent imp�rativement reproduire les atlas actuels et d�terminer les espaces agricoles � l�aide des cartes au 1/25000e, telles que r�alis�es par l�Odarc.

 

Document d�urbanisme opposable mais d�interpr�tation subjective

Document juridiquement opposable aux tiers, le Padduc s�impose aux autres documents d'urbanisme qui doivent de se mettre en compatibilit� avec lui.

Or, ce projet de Padduc, ne peut qu�introduire le flou juridique et une interpr�tation subjective. En effet, les documents cartographiques sont constitu�s de cartes � l��chelle du 1/150 000e.

Cette �chelle ouvre la voie � des interpr�tations subjectives quant � la destination du foncier, ceci en totale contradiction avec l�objet m�me du Padduc qui vise � la coh�rence et qui � doit constituer une r�f�rence et un guide pour tous les acteurs de la vie publique ï¿½ (p.6). Le texte, voulant justifier l�usage d�une �chelle si peu lisible, semble entra�ner sa fragilit� juridique : proclamant son � attachement au principe de subsidiarit� ï¿½, le Padduc pr�cise qu'il � ne peut interf�rer avec ce qui rel�ve de la comp�tence d'urbanisme des collectivit�s locales ï¿½ (p. 129), notamment les Plans locaux d'urbanisme (PLU, ex-POS) communaux. Or, en Corse comme ailleurs, les PLU doivent �tre compatibles avec le sch�ma r�gional, et non l'inverse. Ce que rappelle, au demeurant, un autre passage du Padduc.

 

Les � Hameaux nouveaux ï¿½ non d�finis

Le Padduc (p.138) pr�voit l�urbanisation en r�f�rence � des notions non d�finies. Il en est ainsi de la notion de � hameaux nouveaux ï¿½ autoris�s en d�rogation sans qu�on ne sache quels crit�res ils recoupent. Ces crit�res auraient d� �tre tr�s nettement d�finis, comme indiqu� dans le r�cent avis du Conseil des Sites.

 

La limite des espaces proches du rivages modifi�e

On constate, sur la cartographie, un rapprochement syst�matique de la limite des Espaces proches du rivage (EPR).

Dans les EPR, l�urbanisation �tant limit�e et soumise � des r�gles de proc�dure strictes, la nouvelle limite, tr�s rapproch�e du rivage, facilitera la constructibilit� sur les terres que le Padduc situe en dehors de ces espaces.

Parall�lement � ce rapprochement syst�matique de la limite des EPR, l�Ex�cutif demande une modification l�gislative qui consisterait � �carter l�application de la loi Littoral au-del� des EPR, au profit de la loi Montagne, dont les dispositions sont consid�r�es comme moins contraignantes.

Une telle �volution conduirait � une application de la loi Littoral sur une seule �troite bande en limite du Domaine public maritime (DPM).

 

Des Espaces remarquables littoraux supprim�s

Une cartographie (au 1/150 000e) de ces espaces est annex�e au Padduc. L��chelle de la carte, qui rend leurs contours impr�cis, sera source de conflits.

Compar�e aux Atlas existant, cette cartographie montre que plus d�une centaine d�Espaces Remarquables, dans leur totalit� ou partiellement, ont �t� supprim�s dans la carte du Padduc (leur liste a �t� �tablie par les associations).

Parmi ces espaces supprim�s, on trouve des espaces qui sont, de par la loi, des Espaces remarquables (zone sp�ciale de conservation de Natura 2000, par exemple). La notion de D�veloppement durable n�est pas, l� non plus, compatible avec ces suppressions, �quivalentes � une ouverture massive vers l�urbanisation.

 

Espaces remarquables montagnards

Le Padduc affirme que tous les espaces situ�s au-dessus de la courbe de niveau 1000 m�tres deviennent des Espaces remarquables montagnards.

Ce crit�re de s�lection g�ographique n�est pas d�fendable sur le plan de l��cologie scientifique.

Une cartographie au 1/150 000e de ces espaces est annex�e.

Cette cartographie est inacceptable : la limite des espaces retenus ne suit pas la courbe de niveau 1000 m. Des espaces remarquables de par la loi (sites class�s, par exemple) n�y sont pas des espaces prot�g�s.

 

Privil�gier la d�marche scientifique pour la d�finition d�Espaces remarquables et agricoles

Les crit�res de la s�lection des Espaces remarquables littoraux ne sont pas fournis.

Les Atlas des espaces remarquables littoraux, parus en 2004, sont les seuls documents de r�f�rence aujourd�hui. Ils ont �t� r�alis�s sur des bases scientifiques, par des scientifiques et en concertation avec l�ensemble des �lus locaux de l��le. Ils qualifient avec pr�cision (�chelle : 1/25 000e) la destination des terres de l�ensemble de la Corse.

Le Padduc ignore les cartes des potentialit�s agrosylvopastorales de la Corse. Parues en 1979, r�alis�es sur des bases scientifiques d�analyse des sols et de mesure des pentes, elles sont, pour le monde agricole, les documents de r�f�rence aujourd�hui.

 

La gestion des d�chets par proc�d� thermique. 

En d�pit de la position prise le 11 juillet dernier par la commission �largie de la CTC, apr�s audition du Syvadec, de r�viser le Plan �d�chets� en �cartant l'incin�ration et la thermolyse, position confirm�e par le Pr�sident de l'Assembl�e devant les m�dias le m�me jour, le Padduc pr�voit toujours l'incin�ration.

En effet, le projet de Padduc pr�conise la mise en �uvre du Plan interd�partemental d��limination des d�chets m�nagers et assimil�s (Piedma) et du Plan r�gional d��limination des d�chets industriels sp�ciaux (Predis), adopt�s respectivement en 2002 et 2004 (p.27).

La valorisation �nerg�tique retenue dans le Piedma �tant sp�cifi�e -proc�d� thermique-, ce Padduc pr�conisant pour sa part � la valorisation �nerg�tique des d�chets qui n'auront pas pu faire l'objet de valorisations mati�re � et la centralisation par � traitement dans une installation � proximit� de la voie ferr�e �, il pr�voit  donc toujours de br�ler la tr�s grande majorit� des d�chets dans un incin�rateur central.

Ce Padduc ne tient pas non plus compte des d�clarations du Pr�sident de la R�publique � la conclusion du Grenelle de l�environnement, le 25 octobre 2007 : �  la priorit� ne sera plus � l�incin�ration mais au recyclage des d�chets. Il faudra prouver, pour tout nouveau projet d�incin�rateur, qu�il s�agit bien de l�ultime recours. ï¿½

Si le projet de Padduc passe en l'�tat, l'incin�rateur devient juridiquement incontournable.

 

La pollution en mer ignor�e

La pollution en mer constitue un enjeu environnemental strat�gique pour les ann�es � venir. Aucune ligne n�en fait mention dans ce Padduc.

Le premier projet de Padduc �crit en mai 2006 stipulait ce qui suit: � 85% des masses d�eau marine sont en bon �tat �cologique et peuvent ais�ment le rester � l�horizon 2015, pour autant que les urbanisations, au demeurant faibles, que le Padduc rendrait possibles, soient tr�s pr�cautionneuses quant aux rejets qu�elles g�n�reraient ï¿½.  Dans le projet de Padduc soumis � l�avis des conseillers, cette phrase a disparu.

 

Vice de forme

Le projet de Padduc soumis � l�avis des conseillers a �t� fourni incomplet. Ainsi les 180 premi�res pages de l�Etude d�impact environnemental sont-elles absentes du dossier.

 Avis

Consid�rant l�ensemble de ces points, apr�s avoir pris connaissance des arguments du Pr�sident du Conseil Ex�cutif de Corse ainsi que du Pr�sident de l�Assembl�e de Corse et apr�s en avoir d�lib�r� au sein de l�ensemble de ses Commissions, le Conseil Economique Social et Culturel de Corse r�unit en assembl�e g�n�rale ce jour

� �met un avis d�favorable au projet de Plan d�am�nagement et de d�veloppement durable de la Corse propos� par le Conseil Ex�cutif.

 N.B. : Le Conseil Economique Social et Culturel de Corse souhaite, dans le cadre de l��laboration d�un nouveau Padduc, �tre totalement associ� � l�exercice de prospective, afin que celui-ci soit l�occasion d�un d�bat citoyen cr�atif, constitutif des �l�ments de coh�sion sociale, de performance et de paix.

Sur 51 conseillers du CESC, 48 ont vot�
38 ont vot� contre le PADDUC
5 pour
5 abstention

Dossier "Sp�culation" sur Unit� Naziunale : Lire le dossier ici
Source photo : Unit� Naziunale, Archives du site.
Source info :  Unit� Naziunale

� UNITA NAZIUNALE

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