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Le
20 juin 2006 : Proc�s d'un Peuple, le mardi 19 juin 1979, Mathieu Filidori,
militant du FLNC, lut une longue d�claration.
Durant deux heures, Matteu Filidori va
s�exprimer au nom de tous ses 21 camarades sur la question corse.
Facciu sta dichjarazione in nome di tutti i
mio fratelli di lotta, in nome di tutti i militanti di U Fronte di
Liberazione Naziunale di a Corsica, in nome di a Nazione Corsa
occupata dapoi dui seculi da l�armata francese.
� Ne reconnais jamais les Fran�ais pour
ma�tres ! �
Celui qui parlait ainsi �tait un nationaliste
corse qui devait plus tard trahir son pays. Il s�agit de Napuleone
Bonaparte... qui s�exprimait de la sorte dans un de ses manuscrits
rest� in�dit.
Si nous en appelons � son t�moignage, c�est
pour bien situer la date de l�agression fran�aise en Corse, et c�est
pour montrer que la r�alit� de l��tat national corse est tr�s proche
de nous dans le temps.
L�Histoire, falsifi�e par l�occupant fran�ais,
a �t� r��crite de fa�on � occulter la conqu�te fran�aise ; jusqu��
en faire une v�ritable d�livrance. Les Corses, passant de la
tyrannie g�noise au bonheur dans la citoyennet� fran�aise... Ce qui
avait �t� leur d�sir profond depuis des temps imm�moriaux, disent
les historiens � la solde du pouvoir colonialiste.
La r�alit� historique est tout autre
� la Corse est une Nation
� la Corse est un pays occup� depuis plus de
deux si�cles par les troupes fran�aises
� le peuple corse, apr�s une histoire
multis�culaire faite de r�sistance � tous les envahisseurs, depuis
les myst�rieuses statues de Filitosa, en passant par la conqu�te
romaine puis par les longs si�cles de lutte contre la R�publique de
G�nes, a forg� son unit� et s�est constitu� en Nation d�s le XIVe
si�cle
� son but a toujours �t�, d�s cette �poque
l�Ind�pendance Nationale. Cette aspiration profonde a �t� atteinte
au XVIIIe si�cle par l��ta�blissement d�un Etat Ind�pendant. Notre
R�publique a servi de mod�le aux r�volutionnaires europ�ens et m�me
am�ricains, dont les peuples �taient encore en esclavage sous les
gouvernements de droit divin.
Aucun lien de vassal � suzerain n a exist�
chez nous envers les seigneurs fran�ais ou les Rois de France
Nous n�avons pas particip� � l��laboration de
la Nation fran�aise Nous sommes un pays occup�.
De 1768 � 1820 nous avons r�sist� les armes �
la main � l�Envahisseur fran�ais.
Que l�on consid�re bien ces deux dates
� 1768 20 ans avant la grande R�volution
fran�aise qui devait cr�er la France moderne, nous avions un Etat
souverain
� 1794 5 ans apr�s cette m�me
R�volution, nous brisions les cha�nes coloniales en chassant les
forces d�occupation et en proclamant � nouveau l�Ind�pendance.
Sous l�Empire nous avons r�sist�. Alors que
Bonaparte laissait des traces imp�rissables dans l�organisation de
l��tat fran�ais, notamment votre Code civil, le Peuple corse, comme
le Peuple espagnol, se battait contre l�ennemi imp�rialiste.
La r�sistance a continu� jusqu�� 1820.
Il faut bien replacer la fin de l��crasement
militaire de la Nation corse, par rapport � d�autres conqu�tes, car
l�historiographie au service des Fran�ais voudrait faire de notre
R�sistance une simple �chauffour�e un jour de mai 1769. Et encore,
il s�agissait d�un quiproquo, ajoutent-ils...
Les arm�es de Paoli se battaient contre les
Fran�ais, croyant que ceux-ci luttaient pour les soumettre aux
G�nois ; mais, une fois le malentendu dissip�, ce fut le � bonheur �
dans la Paix fran�aise...
Non, messieurs les Fran�ais, il vous a fallu
50 ans de guerre pour briser notre R�sistance. 1820, ce n�est pas
tr�s loin dans le temps, la con�qu�te de l�Alg�rie remonte � 1830.
Nous proclamons � la face du Monde, et devant
vous les Magistrats
de l��tat fran�ais, que nous ne sommes
fran�ais
ni par la g�ographie;
ni par la langue
ni par la culture
ni par les moeurs
ni par la communaut�
spirituelle;
ni par les int�r�ts communs,
tant �conomiques que strat�giques.
Et surtout pas par l�Histoire...
Nous sommes une Nation dans le plein sens du
terme, et non pas dans le sens d�une vague survivance moyen�geuse,
comme peuvent le revendiquer certaines de vos provinces
particuli�res.
Nous ne sommes pas une minorit� nationale
anachronique dans un �tat unifi�, mais un pays occup� dont
l�organisation �tatique souveraine a �t� d�truite par vos arm�es.
� Nous allons retracer rapidement les deux
si�cles de r�sistance du Peuple corse � l�occupation fran�aise,
puisque, pour la premi�re fois depuis le XVI1I~ si�cle, des
nationalistes corses peuvent disposer d�une Tribune dont le
retentissement sera international.
L ��tat National Corse (1 755-1769).
Au XVIIIe si�cle, dans cette p�riode de
Monarchie absolue, le Gouvernement corse �tait d�essence
populaire.
La souverainet� s�exer�ait par l�Assembl�e
Nationale (� Cunsulta �) qui se r�unissait tous les ans et disposait
du Pouvoir l�gislatif. Les repr�sentants du Peuple �taient �lus au
suffrage universel par l�ensemble des citoyens.
Les femmes avaient le droit de vote.
L�Ex�cutif �tait responsable devant
l�Assembl�e, il avait le G�n�ral de la Nation � sa t�te.
Une Constitution garantissait les Libert�s
Publiques. (Constitution de 1755)
La Justice �tait populaire et ind�pendante de
l�Ex�cutif. Le Droit corse �tait bas� sur la dignit� de l�Homme et
sur la longue tradi�tion communautaire qui �tablissait un tr�s large
domaine collectif des moyens de production et d�exploitation.
Notre �tat disposait de tous les attributs
modernes de la Souverainet� il l�gif�rait, il levait l�imp�t, il
battait monnaie ; il disposait d�une arm�e r�guli�re et populaire,
d�un commerce organis� et d�une marine de guerre.
Notre Pays s��tait dot� d�un enseignement
public gratuit et d�une Universit� de haut niveau.
Le Gouvernement informait tous les citoyens
par l�interm�diaire du � Journal Officiel �.
L�oeuvre du gouvernement national fut immense.
En quelques ann�es, il d�veloppa l�agriculture, le commerce et il
jeta les bases d�une industrie.
L�oeuvre remarquable de la R�volution corse
fut an�antie par la conqu�te fran�aise.
La
Conqu�te Fran�aise.
Le 15 mai 1768, l��tat fran�ais achetait les pr�tendus droits de la
R�publique de G�nes sur la Corse. Le droit des peuples � disposer
d�eux-m�mes n��tait pas encore formul� � l��poque (bien qu�il ne
soit pas plus respect� de nos jours). Et pourtant de nom�breux pays
protest�rent contre ce que les nationaux corses appel�rent un � vil
march� � qui consistait � traiter un Peuple libre et souverain comme
un vulgaire troupeau de moutons. Voltaire, Rousseau, �crivirent de
violents pamphlets pour clamer leur indignation contre l�invasion de
la jeune r�publique m�diterran�enne. Mais leurs �chos furent
�touff�s par le fracas des armes.
12 000
Corses, pratiquement d�sarm�s, s�oppos�rent � 30 000
Fran�ais qui disposaient de la plus puissante arm�e de l�Occident.
Il fallut plus d�un an � l�arm�e fran�aise
pour vaincre l�Arm�e nationale corse. De nombreuses batailles eurent
lieu Pontenovu, qui reste la plus connue, vit non pas l�effondrement
de l��tat corse mais simplement le d�bordement de l�Arm�e populaire
�puis�e et d�pourvue de tout appui ext�rieur. Le fleuve Golu, rouge
du sang de nos martyrs, charria pendant des mois les cadavres des
soldats corses. Le pouvoir fran�ais �tablissait sa tyrannie sur des
milliers de morts.
Depuis cette date 9 mai 1769, les historiens
fran�ais voudraient faire croire que notre histoire est finie. La
r�alit� est bien diff�rente. le Peuple corse organisa la r�sistance
et une puissante guerilla s��tablit dans les montagnes.
Les chefs de l�exp�dition coloniale
ordonn�rent de tout br�ler, de tout d�truire et de pendre les
r�sistants sans jugement.
D�s cette �poque, le rebut de la nation
fran�aise exploite effront�ment le peuple corse. Cette expression
est due, non pas � nous, mais � des observateurs contemporains.
Au m�me moment, les martyrs de la Libert�
r�sistaient au maquis.
Les supplices et les massacres se
poursuivaient � un rythme infernal.
Circinellu, Pace Maria Falconetti, Acquaviva,
Zampaglinu Bonelli,
Nicomedu Pasqualini �taient les chefs de la
r�sistance.
La
R�sistance.
Cette r�sistance d�bouche en 1774 sur l�insurrection g�n�rale. La
r�pression fut terrible des villages furent br�l�s, des patriotes
pendus, des femmes viol�es, les enfants eux-m�mes ne furent pas
�pargn�s
Les Oradour sur Glane furent l�gion
La Civilisation fran�aise progressait � pas de
g�ant. Elle �tendait sur la Corse son voile de mort et d�horreur.
� Oui, Messieurs les magistrats de l��tat
fran�ais, et vous Messieurs les officiers sup�rieurs de ce Tribunal
militaire, les noms de vos g�n�raux �taient ex�cr�s par les Corses
� Marbeuf, Devaux, les massacreurs de
Ponte-Novu.
� Sionville, le boucher du Niolu qui
reconnaissait au premier coup d�oeil la branche qui soutiendrait
plusieurs pendus...
� Rivi�re, le criminel de guerre du Fiumorbu.
� Et tous les autres tortionnaires, Narbonne,
Vaubois, Laffont...
Savez-vous qu�un g�n�ral fran�ais �labora le
doux projet de d�porter tous les hommes dans vos anciennes colonies
d�Am�rique?
De v�ritables camps de la mort lente furent
ouverts � Toulon et � Embrun, o� des milliers de patriotes corses
moururent de torture, d��pid�mie ou de faim
La lutte se poursuit jusqu�� la R�volution
fran�aise. Paoli � Lon�dres �tait, d�j�, le chef d�un Gouvernement
en exil... Il animait la r�sistance et cherchait des appuis pour
reconqu�rir la libert�.
La R�volution fran�aise sert �galement d�alibi
� certains historiens pour travestir l�histoire. Comme ils ne
veulent pas justifier la pr�sence fran�aise en Corse par la
conqu�te, ils se pr�valent d�un pr�tendu consensus corse d�adh�sion
� la France concr�tis� par le d�cret du 30 novembre 1789. D�cret
vot� par l�Assembl�e constituante fran�aise pour incorporer la Corse
� l�Empire fran�ais. (et non pas � la Nation)
Il s�agit d�une interpr�tation fallacieuse
d�un ph�nom�ne qui fut g�n�ral en Europe la r�volution fran�aise fut
bien accueillie en Corse comme elle l�a �t� en Italie et en
Allemagne. Les cocardes tricolores qui orn�rent la poitrine de
certains r�volutionnaires corses �taient un signe de ralliement � un
principe r�volutionnaire, celui du droit des peuples � disposer
d�eux-m�mes.
Principe qui, croyait-on, allait �tre adopt�
par les nouveaux dirigeants fran�ais. En aucun cas il ne s�agit chez
nous de participer aux luttes de la bourgeoisie fran�aise en mal de
pouvoir politique. Tout ce qui �tait et tout ce qui est fran�ais
nous est totalement �tranger. Seuls quelques tra�tres, vils
intrigants � la solde de l�occupant, firent voter le d�cret en
question, le Peuple corse ne fut m�me pas inform�. D�ailleurs,
L�artisanat et l�industrie naissante, fortement p�nalis�s par les
taxes, sont �cras�s.
�crasement de notre culture nationale
Parall�lement aux mesures destin�es � ruiner
l��conomie, la grande pr�occupation fut de d�truire la
langue et la culture corses.
L�Universit� ferm�e en 1769 n�a jamais �t�
r�ouverte, malgr� les demandes incessantes du peuple corse.
D�s les premi�res ann�es de la conqu�te, la
langue fran�aise fut impos�e comme langue administrative. Mais les
Corses la repouss�rent.
Le toscan, qui
�tait la langue �crite, fut maintenu par les intellectuels. La lutte
culturelle permit de r�sister efficacement � la francisation. De
nombreux po�tes et historiens, de nombreux �crivains affirm�rent
ainsi leur identit� nationale.
Oppression sociale
Sur le plan administratif toutes les mesures
de lib�ralisation et de progr�s social appliqu�es en France par les
Gouver�nements qui suivirent la Restauration ne furent jamais
valables pour la Corse. Ainsi, le Jury criminel fut interdit, de
m�me que le port d�arme durant pratiquement tout le XIXC si�cle.
Le banditisme rempla�a la r�sistance organis�e
il traduisit l��tat de mis�re et d�abandon dans lequel croupissait
le Peuple corse. Il �tait porteur de revendication collective d�un
Pays occup�.
Les Corses ne croyaient pas en la Justice
fran�aise, elle n��tait pas la leur et elle ne l�est toujours pas.
Ils ne s�y reconnaissaient pas car cette Justice est bas�e sur la
protection de la Propri�t� priv�e et sur la d�fense de toutes les
formes d�exploitation.
Notre Peuple garde dans ses institutions
communautaires le sens du collectif, l�esprit d��galit� et le sens
concret de la Libert� li�s � une terre qui appartient aux
communaut�s villageoises.
Le � banditisme � a �t� aussi une forme de
rejet et de r�sistance � l�accaparement et � la colonisation de nos
terres qui d�but�rent d�s 1770. Il est le r�sultat de la mis�re et
de la d�structuration de la communaut� nationale, il s�oppose de
fa�on rudimentaire, inconsciente et anarchique � l�Oppression
fran�aise.
Tout le XIXe et le XXC si�cle furent marqu�s
par l�envoi de commissions d�enqu�tes destin�es � promouvoir une
mise en valeur de la Corse au seul profit du colon fran�ais
en 1838, le rapport � Blanqui � pr�conisait
une mise en valeur intensive et l�envoi de colons en Corse
en 1908, le
rapport � Delanney �, connu sous le nom de � rapport Cl�menceau �,
d�finissait notre Pays comme le plus arri�r� d�Europe il n�y avait
ni eau, ni �lectricit�, ni routes, le paludisme y s�vissait,
l�esp�rance de vie ne d�passait pas trente ans et la mortalit�
infantile atteignait de tristes records, mortalit� infantile qui est
d�ail�leurs demeur�e sup�rieure � votre moyenne nationale...
notre agriculture �tait maintenue dans un �tat
d�archa�sme de par la volont� de l�occupant;
l��lectricit� ne fut install�e qu�avec
l�arriv�e des colons
notre pays est rest� sous-d�velopp�, dans tous
les domaines, jusqu�en 1958.
R�sistance politique et culturelle.
Sur le plan politique les patriotes corses se
regroup�rent en soci�t�s secr�tes. Vers 1830 existait un puissant
mouvement clandestin, � I Pinnuti �.
Le manque de soutien ext�rieur et la
conjoncture internationale emp�ch�rent le d�veloppement de la lutte
arm�e. En 1835, Pasquale Paoli fut �lu d�put� de la Corse, alors
qu�il �tait mort en 1807 ! Il s�agissait d�un acte de r�sistance et
encore fut-il le fait d�une assembl�e de notables, qui se sont le
plus souvent ralli�s � l�occupant par int�r�t de classe. Dans le
peuple, le souvenir du Gouvernement national se main�tint intact, la
m�moire de Paoli y �tait v�n�r�e.
En 1836, l�attentat du Corse Fieschi contre le
Roi Louis-Philippe peut �tre consid�r� comme une manifestation des
Pinnuti alli�s des Carbonari qui �taient � l��poque le seul appui
r�volutionnaire de notre environnement g�ographique.
Au proc�s de Fieschi, le procureur fran�ais
d�alors s ��cria � Seul un �tranger est capable d�un tel m�fait !
�... La majorit� des Corses ne participera jamais au fonctionnement
du syst�me politique fran�ais. Les Corses cr�eront un contre-pouvoir
corse qui, bien que domin� par la bourgeoisie, maintiendra la
coh�sion et l�esprit national. Ce contre-pouvoir s�est, par la
suite, perverti et corrompu au niveau de ses diri�geants. Les
grandes familles qui se disputaient les maigres faveurs de
l�occupant li�rent apr�s 1870 leur sort � celui de la R�publique
fran�aise. Le peuple jamais �Apr�s la d�b�cle fran�aise de Sedan. H.
Rochefort demanda � l�Assembl�e fran�aise l�exclusion de la Corse de
l��tat fran�ais. En 1871 Cl�menceau, au nom du � Club positiviste �,
faisait � son tour la m�me demande.
En Corse, l�avocat Santelli r�clama au nom du
Peuple corse que l�Assembl�e fran�aise rende � la Corse son
Ind�pendance nationale.
Une vague anti-corse d�ferla sur la France. Il
y eut de v�ritables ratonnades contre les �migr�s corses. Ce racisme
anti-corse s�est maintenu.
Sur le plan culturel, vers 1870 l�oppresseur
crut triompher, car, apr�s 100 ans d�interdiction le toscan �tait
pratiquement remplac� dans l�expression �crite par le fran�ais, et
la justice se rendait obligatoirement dans la langue de Marbeuf.
Seulement, il ne s�agissait que de la victoire
sur un aspect codifi� et superficiel de l�expression culturelle
corse. La Culture corse, fruit de notre longue et tragique existence
de Peuple m�diterran�en, est bien plus profonde. Notre civilisation
a �t� forg�e par des si�cles de fer et de sang, par des si�cles de
luttes. Elle est l�expression d�un Peuple de Rebelles, d�un Peuple
de bergers et de montagnards.
Notre langue, qui s�est d�velopp�e � partir
d�un fond latin et en harmonie avec lui, est une langue romane �
part enti�re. Elle poss�de une riche litt�rature populaire
d�expression orale, elle est la langue du Peuple.
Les Fran�ais, en s�attaquant � notre langue
qualifi�e de � patois �, de � mauvais italien �, de � r�sidu
�tranger � inapte � v�hiculer une pens�e moderne, ont voulu
d�truire notre Etre Collectif.
La d�portation en France ne fera qu�accentuer
le traumatisme psychologique cr�� par l�imposition d�une langue
�trang�re. La Corse est le seul Pays de la M�diterran�e � avoir subi
une colonisation culturelle et humaine aussi totale.
Notre Peuple l�exprima parfaitement dans la
maxime � Morta a lingua, mortu u populu � (la langue d�truite, le
peuple est mort). C�est pourquoi la r�sistance linguistique
maintiendra pendant une longue p�riode le sentiment national.
En 1896 apparut le premier journal en langue
corse. �A Tramuntana� de Santu Casanova. Cette premi�re tentative
d�expression uni�quement corse regroupa les patriotes qui, en
unifiant et en enrichissant notre litt�rature, ouvrirent les voies
du renouveau. Plus la francisation se d�veloppa par l�interdiction
assortie de mesures punitives du corse � l��cole, par son �limination
des �glises, par les refus r�it�r�s de la r�ouverture de
l�Universit�, et plus la volont� des patriotes se renfor�a.
En 1904 - 1905, un journal nomm� � A Corsica �
impulsa un puis�sant regroupement des Corses de l��le et de la
Diaspora.
Il r�clamait la reconnaissance de la Nation
corse et sa devise �tait � Corsica far� da s� �.
En 1914, Ghjacumu Santu Versini et Saveriu
Paoli cr��rent �A Cispra �, revue nationaliste qui publia un
manifeste qui fera date dans notre histoire � A Corsica �n � micca
un dipartimentu francese, ma una nazione vinta chi da rinasce � (la
Corse n�est pas un d�partement fran�ais, mais une Nation vaincue qui
va rena�tre).
Le mouvement naissant sera bris� par la guerre
de 14. Il n�avait pas assez de maturit� pour s�opposer aux d�parts
des conscrits corses pour le front. Il laissa cependant une
empreinte profonde dans le nationalisme corse.
La �grande boucherie� avait commenc�. La fleur
de la jeunesse corse sera sacrifi�e pour d�fendre les int�r�ts de la
bourgeoisie fran�aise. Les r�giments corses seront d�cim�s 40 000
morts ! tel est le lourd tri�but pay� par le peuple corse pour
d�fendre les int�r�ts de l�imp�rialisme fran�ais. Nous avions perdu
14 % de notre peuple ; c�est un v�ritable g�nocide camoufl�. En
France, il n�y eut que 5% de perte... Ces pourcentages d�montrent
qu�il s�agit d�un v�ritable massacre. Les G�n�raux fran�ais avaient
l�ordre de leur Gouvernement de mettre les Corses, les Marocains et
les S�n�galais en premi�re ligne.
De la � chair � canon �, voil� ce que nous
�tions pour la France !
Cette politique de r�servoir humain, o�
l�imp�rialisme fran�ais puisait ses hommes de troupe et ses cadres
coloniaux, se maintint jusqu�� la victoire du Peuple alg�rien.
Toutes les
guerres fran�aises furent pour nous de v�ritables saign�es, qui,
combin�es avec celles de l�exil, aboutiront � faire de notre Pays un
d�sert humain. 300 000 Corses seront d�port�s en France en un
si�cle.
Sur les plans politique et culturel ils seront
d�sormais li�s, la lutte continua apr�s la guerre.
En 1920 apparut � A Muvra �. Ce journal
reprenait et d�veloppait le programme de � A Cispra �. Un puissant
parti politique s�organisa �Un Partitu Corsu d�Azzione� qui exigeait
la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse.
L�entre-deux guerres fut la p�riode d��panouissement de notre
langue, notre Peuple r�apprit son histoire et comprit que la Corse
�tait une colonie, au m�me titre que l�Alg�rie ou l�Indochine.
L��tat fran�ais s�inqui�ta de cette
puissante revendication nationale qui s�enracinait profond�ment dans
le peuple. Il refusa d�examiner la question corse. Il y eut de
nombreuses manifestations, de nombreux meetings politiques, et m�me
deux tentatives, en 1934 et 1935, de r�tablir l�ancienne Assembl�e
nationale corse, avec des centaines de repr�sentants de la Nation
corse de l��le et de la Diaspora. En 1931, le pouvoir
colonialiste, craignant qu�un jour le banditisme maquisard ne serv�t
de point d�appui � une r�sistance arm�e, comme cela avait �t� le cas
en 1827 avec Tiadoru Poli, puis en 1887 avec Leandri, envoya un
v�ritable corps exp�ditionnaire pour l��craser. Des villages entiers
furent encercl�s par les troupes coloniales, des centaines de Corses
furent emprisonn�s.
La
r�sistance au
fascisme
et au nazisme (1939-1943).
A
la veille de la deuxi�me guerre mondiale, la situation en Corse
�tait pr� insurrectionnelle, le nationalisme corse qui avait grandi
s�appr�tait � porter un coup d�cisif � l�occupant fran�ais. Il
allait, malheureusement, rencontrer un nouvel obstacle.
Avec Mussolini, l�ancienne revendication de la
Corse terre italienne, qui remonte au Risorgimento, fut reprise avec
force. Une puis�sante propagande utilisait l��tat d�abandon de
l��le, ainsi que les parent�s linguistiques, pour attirer les
Corses. La France eut beau jeu de pratiquer l�amalgame entre le
mouvement nationaliste et quelques groupuscules pro-italiens et
fascisants. Quelques jeunes intellectuels se ralli�rent �
l�Irr�dentisme, croyant y trouver un rem�de � l�effondrement
culturel et humain.
Nous tenons � dire que la majorit� des
nationalistes ne s�y rallia pas, ils condamn�rent l�irr�dentisme
avec force. Quant � nous, nous condamnons sans appel les quelques
�gar�s qui servirent de pr�texte au maintien du joug fran�ais
Notre peuple ne pouvait se retrouver dans le
r�gime dictatorial du � Duce � dont les conceptions blessaient
profond�ment nos sentiments d�mocratiques communautaires. Mais,
surtout, l�annexion � l�Italie aurait �t� la trahison de toute notre
Histoire. En r�alit�, la cr�ation et l�unification de l��tat italien
nous �tait tout aussi �trang�re que l��labo�ration de l��tat
fran�ais.
Le colonialisme fran�ais profita de la
situation, il accentua le vieux ressentiment anti-g�nois pour le
transformer en racisme anti-italien ; il s�agissait d�une excellente
diversion qui d�tournait les Corses de leur condamnation de
l�exploitation fran�aise.
Ce fut l�origine du pseudo-serment de Bastia
de 1938, qui ne peut �tre consid�r� comme un pl�biscite
pro-fran�ais. Il s�agit d�une habile manipulation du peuple corse
par l�Administration coloniale aid�e en Cette mise en sc�ne par les
notables, valets de l�occupant.
Les Corses rassembl�s � Bastia n�acclam�rent
pas la France mais condamn�rent le fascisme, ce qui est tout � fait
diff�rent...
Daladier pratiqua les m�mes pitreries en
Afrique du Nord, et pour�tant vous devez conna�tre le statut actuel
de l�Alg�rie.
De 1941 � 1942 se forma le Front national,
essentiellement dirig� par les communistes corses. Des nationalistes
corses s�y ralli�rent, comme le grand po�te et historien Simone-Ghjuvanni
Vinciguerra qui devint l�un des chefs de la R�sistance. Le PC corse
avait � sa cr�ation un caract�re anti-colonialiste manifeste. Et,
sans admettre le principe de l�autod�termination pour le Peuple
corse, il reprenait les grands th�mes de la revendication
nationaliste. Notamment sur la culture corse, sur la mise en valeur,
sur le renouveau de l�int�rieur, sur la n�cessit� d��liminer les
notables corrompus qui servaient le colonialisme.
Les collaborateurs du colonialisme devinrent
les � collabos� du fascisme, ce sont les m�mes, qui aujourd�hui
voudraient nous donner des le�ons de d�mocratie ! Qu�ils aient, au
moins, la pudeur de se taire
Le maire bonapartiste d�Aiacciu, Dominique
Paoli, f�licitait Mus�solini pour sa victoire en �thiopie... et il
l�assurait de son total d�voue�ment...
Le chef de clan Fran�ois Pietri, h�ritier
spirituel du puissant clan Gavini dont le pouvoir s�est maintenu
jusqu�� nos jours, �tait un proche collaborateur du Mar�chal P�tain.
Fran�ois Pietri avait une profonde admiration pour Hitler, il
colportait dans l��le que le Fuhrer lui-m�me admirait le soldat
corse et que, par cons�quent, le peuple corse serait admis � servir
la � race des seigneurs �...
� L�appel � l�insurrection du 9 septembre 1943
s�adressa au peuple corse et non aux Fran�ais de Corse. A la
bataille de Levie, livr�e contre les troupes allemandes, les
combattants corses attaqu�rent l�Africa Korps avec le seul brassard
� t�te de Maure pour embl�me.
� Radio-Alger elle-m�me reconnaissait
l�identit� nationale corse en diffusant des �missions en langue
corse ; ce qui n�est plus le cas aujourd�hui avec les TF1 et autres
France-Inter... Mais il est vrai que les Fran�ais n�ont plus besoin
des Corses pour chasser les Allemands.
�Scamaroni, Giusti, Vincetti, Mondoloni sont
morts en h�ros pour que vive notre Peuple. Jean Nicoli, un des chefs
de notre r�sis�tance, �crivant � ses enfants avant d��tre massacr�
par les fascistes ita�liens, leur demanda de rester fid�les au
drapeau � t�te de Maure et �l�id�al communiste. La Corse fut lib�r�e
par ses fils, l�arm�e populaire qui prit le pouvoir � Aiacciu, faute
d�une juste appr�hension de la r�alit� corse de la part du PC, remit
notre pays sous la tutelle fran�aise.
L�erreur des nationalistes a �t�, en dehors de
la fraction irr�dentiste minoritaire, le caract�re trop intellectuel
de leur action. Les communis�tes surent, eux, impulser la r�volte
arm�e, mais ils ne per�urent pas son caract�re profond qui �tait
national corse. Abus�s par leur internationa�lisme et la venue
prochaine de ce qu�ils croyaient &re le grand jour de la r�volution
dans l�Europe lib�r�e, ils remirent la Corse dans les mains des
Fran�ais. En le faisant, ils bris�rent inconsciemment pour la
plupart l�espoir de tout un Peuple.
Effondrement �conomique et d�mographique (1946-1957).
D�s
1946 le ch�mage, la mis�re, l�exode, la
francisation rythm�rent � nou�veau la vie de nos villages.
Le Peuple corse de 300 000 habitants en 1914
s�effondra pour ne plus repr�senter que 120 000 des 230 000
habitants actuels de la Corse
Cette �poque fut le temps du m�pris d�formant
du folklore de pacotille o� tout n��tait que toc, depuis � la
vendetta made-in-France� jusqu�� la pseudo-roucoulade
franco-napolitaine.
Notre terre �tait destin�e � assouvir le
besoin d�exotisme des con�sommateurs europ�ens.
Pour le � fran�ais moyen �, il existe un
st�r�otype du Corse �tre agressif et paresseux, prox�n�te et
indisciplin�, cousin germain du mafioso sicilien. Cette image du
Corse n�est pas n�e par hasard, elle est au contraire le r�sultat
d�un long travail, notamment celui des �crivains fran�ais, depuis la
conqu�te. Le Corse sauvage, paresseux et cruel a �t� l�un des th�mes
favoris de la litt�rature fran�aise du XIXC si�cle. Les
Chateaubriand, Balzac, M�rim�e et autres Flaubert s�en donn�rent
� coeur joie.
Le XXe si�cle a continu� sur cette lanc�e, en
accentuant encore cette image du Corse par le biais des m�dias. Ce
racisme anti-corse atteindra son apog�e dans les ann�es 70 avec le
substitut Pag�s qui, dans l�enceinte du tribunal de Nice, osa parler
dans son r�quisitoire d�un chromosome corse de la criminalit�
Ce chromosome qui permit sans doute �
Poniatowski d�accuser une pr�tendue � union corse � d�avoir la
main-mise sur le march� interna�tional de la drogue, et que par
cons�quent il suffisait d��liminer quelques Corses pour supprimer
ce fl�au mondial.
Autre exemple de racisme, la tentative
d�exclusion des �quipes de football corses du championnat de France
amateur, lors d�une table ronde � Mont�limar, et ce � l�initiative
d�une bonne partie des dirigeants des clubs fran�ais. Il y eut aussi
les �meutes anti-corses de Lens en 1972 lors de la demi-finale de la
Coupe de France. Il y eut le comit� anti-corse d��pinay-sur-Seine
qui demandait la suppression de la cour d�Assises en Corse en raison
de l�incapacit� cong�nitale des Corses � rendre la jus�tice. Il nous
faut ajouter �galement que l�on rel�ve des propos racistes tous les
jours dans une partie de la presse fran�aise et sur les ondes radio
de ce pays.
Les r�cents sondages d�opinion en France
r�v�lent dans une proportion importante que les Corses sont
consid�r�s comme �trangers par les Fran�ais, ce qui d�ailleurs nous
r�jouit, et est une preuve suppl�mentaire que le Corse est un
colonis� comme les autres dans l�esprit de la majorit� des Fran�ais.
Mais quel plus bel exemple de racisme que
celui qui s�est manifest� devant cette m�me juridiction en 1976. Un
officier sup�rieur fran�ais, le Colonel Bouvet, ancien chef de la
gendarmerie en Corse, y tint des propos infamants � l�encontre de
notre Peuple. Ce � brillant officier �, chef du corps
exp�ditionnaire de 1975, regrettait, � la barre de votre cour
d�exception, de ne pas avoir pu raser au canon la cave d�Aleria et
ainsi exterminer tous les insurg�s corses qui s�y trouvaient...
Cette �poque fut aussi celle du refoulement,
de la mutilation volontaire de la part de certains exil�s corses
qui, �cras�s par leur condition de colonis�s, croyaient se lib�rer
en se reniant eux-m�mes, en affectant d��tre plus fran�ais que les
Fran�ais.
Pendant ce temps, la plaine orientale, un
moment assainie par le DDT des troupes am�ricaines, redevint le
domaine de l�anoph�le. Le train, pour quelques ponts d�truits par
les Allemands, fut supprim� de la plaine orientale. Comme apr�s 14,
l�administration coloniale disait Partez, ici il n�y a rien � faire,
la Corse est pauvre, elle l�a toujours �t�, heureusement qu�il y a
la France pour vous nourrir.
Sur ce fond de marasme �conomique et de
ch�mage, lentement la lutte pour la langue et la culture permit le
regroupement des �nergies pour reconstruire un Parti nationaliste.
Une des premi�res tentatives fut en 1955 la
revue � U Muntese �les �crivains revendiquaient alors l�application
de la loi Deixonne vot�e en 1951 qui assurait un enseignement
minimum des langues minoritaires de France. Le corse en avait �t�
exclu, certes par ostracisme pur et simple, mais surtout par une
reconnaissance implicite dans l�esprit du l�gis�lateur fran�ais que
la culture corse �tait celle d�une Nation qu�il fallait � tout prix
an�antir.
L�enseignement v�ritable du corse fut pris en
main par des patriotes � partir de 1970. Ce fut le magnifique combat
de � Scola Corsa �, ce fut la bataille pour la r�ouverture de
l�Universit� di Corti, et aussi l�inlassa�ble travail des militants
pour recorsiser les noms de nos villages. Ce renouveau culturel qui
amena le m�rissement du nationalisme corse s�affirma en 1973 �
l�Universita d�Estate qui fut le lieu de rencontre de toutes les
forces combattantes de notre Peuple. La Jeunesse corse y tint un
r�le consid�rable, elle renoua avec les sources profondes de son
his�toire. C�est � Corti que furent pr�cis�es et approfondies les
notions de Corsit� et de Corsitude.
A partir de 1957, la politique fran�aise
change, les cr�dits arrivent, les d�frichements commencent, des
routes sont ouvertes, l��lectrifica�tion s�acc�l�re, des barrages
sont construits, mais tout cela n�est pas pour les Corses. Non 1
tout cela est destin� aux � pauvres � colons fran��ais chass�s
d�Afrique par les patriotes alg�riens.
La colonisation de peuplement a d�but�, elle
sera massive.
|
La
colonisation de peuplement et le d�but du sursaut
national (1957-1975). |
Suite de la lecture
devant la cours de suret� de l'�tat.
Parall�lement au renouveau culturel, le traumatisme provoqu� par le
d�ferlement des colons amena la cr�ation des premiers groupes
revendicatifs. Leurs programmes �taient purement �conomiques.
C��tait en 1959-60, le mouvement du 29 novembre, le DIECO, le CAPCO.
Dans ces rassemblements, les �lus et la moyenne bourgeoisie
d�tenaient la direction. L��tat fran�ais les ignora et, au lieu
d�accorder une place quelconque aux Corses dans la r�novation
agricole qui avait d�but� par l�interm�diaire de la SOMIVAC (soci�t�
de mise en valeur �tatique cr��e en 1957), l��tat y accentua au
contraire la venue des Fran�ais.
Il en alla
de m�me dans le domaine du tourisme avec la SETCO (homologue de la
SOMIVAC pour le tourisme) qui favorisa l�implantation de grandes
soci�t�s capitalistes franco-internationales.
Les Corses,
impuissants, assist�rent � l�accaparement des meilleures terres de
la plaine orientale et � la d�possession totale de leur c�te au
profit des trusts internationaux. Les �lus, qui avaient d�abord
particip� aux diff�rents mouvements revendicatifs, furent rappel�s �
l�ordre. Leurs �lections truqu�es, leurs listes �lectorales
gonfl�es, leur pr�bende et leur client�lisme ne leur permettaient
pas de r�sister davantage...
Une petite
partie de la bourgeoisie lib�rale abandonna les �lus et se regroupa
autour de Max Simeoni qui devait fonder le CEDIC, organe
revendicatif demandant, outre un d�veloppement �conomique pour les
Corses, un statut sp�cial.
Une partie
de la diaspora intellectuelle, compos�e surtout d��tudiants, se
regroupa � Paris autour de I�UNEC et de l�Union Corse. Ils
constitu�rent un courant nettement plus politis� et qui se voulait
socialiste.
La fusion
des deux courants amena la naissance du FRC en 1966.
En 1967,
l�ARC naissait d�une scission du FRC.
D�s 1965 les
paysans s�organis�rent en syndicat pour d�noncer les spoliations et
les discriminations dont �taient victimes les Corses exclus de la
mise en valeur de leur pays.
1969, �
Rendez-nous nos terres �, crient les jeunes Corses du Fium�orbu en
occupant la mairie de Ghisonaccia. Les charges de CRS tentent de
ramener l�ordre, c�est la r�pression. A Portu, la m�me ann�e, des
centaines de Corses barrent les routes, nouvelles charges de CRS.
Les manifestations se font de plus en plus nombreuses et sont de
plus en plus marqu�es par la d�termination de notre Peuple.
1970,
certaines tentatives de perc�e sur le plan �lectoral �chouent, car
les r�gionalistes ne saisissent pas encore nettement la nature du
colo�nialisme.
1972,
Casabianda, le fameux p�nitencier agricole, est occup�. La r�ponse
du pouvoir ne tarde pas matraquages, charges de CRS, grena�des
lacrymog�nes. Mais le Peuple retrouve son pass� de lutte.
Pendant ce
temps, les �tudiants popularisent la lutte pour l�Universit� di
Corti, la FEC puis la Cunsulta di i studienti corsi multiplient les
manifestations et les occupations. � Ils se calmeront, ils sont
jeunes �,, dit-on dans les milieux colonialistes... H�las pour
l�administration colo�niale, en f�vrier 1973, la sous-pr�fecture de
Bastia est occup�e, saccag�e, le sous-pr�fet pris en otage et, �
sacril�ge, le drapeau corse remplace le drapeau tricolore au m�t
officiel ! Le but apparent de la manifestation �tait d�exiger
l�arr�t du d�versement des boues rouges en M�diterran�e. Mais sa
signification profonde �tait tout autre elle avait une dimension
nationale corse.
Le FRC
apporte alors une contribution th�orique importante dans l�analyse
du m�canisme colonial. � Arritti �, � Populu Corsu �, sont les
journaux de lutte qui mettent en pi�ce la propagande des trusts
fran�ais de l�information.
En 1973, � A
Chjama di u Castellare � annonce que rien ne va plus dans l�esprit
des Corses. C�est maintenant l�autonomie interne que le PPC
(successeur du FRC) r�clame et que l�ARC adopte quelques mois plus
tard.
� Attention
�, dit-on dans les milieux officiels � l�autonomie, c�est
l�antichambre de l�ind�pendance...
Toujours
cette m�me ann�e, le d�l�gu� corse � la conf�rence internationale de
Beyrouth sur la pollution affirme �Je parle au nom d�un Peuple
musel�, la Corse est une Nation vaincue �. C�est la stupeur au Quai
d�Orsay, c�est que � ce n�est plus de l��cologie, ni du
poujadisme...
En septembre
1973, le Scarlino, bateau qui d�verse les boues rouges au large des
c�tes corses, est plastiqu� par un commando dans un port italien.
En octobre,
ce sont cette fois les installations de la base de Sulinzara qui
sautent pour la premi�re fois, la place forte de l�Imp�rialisme
fran�ais en M�diterran�e est menac�e. Cet attentat est revendiqu�
par le FPCL (Fronte Paisanu Corsu di Liberazione) qui publiera un
programme nationaliste avanc�.
� Mais c�est
du s�paratisme �, � il faut r�primer �, ordonne-t-on �
l��lys�e. Le Conseil des ministres fran�ais ira jusqu�� se
ridiculiser en annon�ant la dissolution du FPCL...
Mars 1974,
le Premier ministre de la R�publique fran�aise vient visiter un �
d�partement bien comme les autres �. Seulement, il est accueilli
chaleureusement par la destruction d�une Caravelle et par le
plasticage de la Sous-Pr�fecture de Bastia. � Bienvenue �,
lui dit Ghjustizia Paolina dans sa revendication, le peuple t�moigne
par son absence des visites officielles que la voie de la lutte
arm�e est la sienne. D�sormais, il y a deux organisations
clandestines qui pr�parent la lutte de lib�ration.
� C�est
grave, mais il s�agit de men�es s�paratistes ultra�groupusculaires
�, � Le probl�me est �conomique, donc des sous et tout rentrera dans
l�ordre� esp�rent les experts fran�ais...
D�j� 1970
avait vu la France � g�n�reuse� octroyer une r�gion corse de
programme d�tach�e de la Provence C�te d�Azur. En 1971, un plan
d�am�nagement qualifi� de � plan de d�m�nagement des Corses �, fut
publi�. Il pr�voyait pour 1985 350 000 habitants en Corse, dont
seulement 100 000 Corses. Ce plan n��tait pas une vue de l�esprit,
il y est �crit, noir sur blanc, la mort programm�e de notre Peuple.
C�est la colonisation de la Mitidja avec l�ordinateur.
Mais, ce
n�est pas une surprise ; le plan de 1957 �tait d�j� dans la parfaite
logique de la colonisation, il y avait de belles phrases du genre �
L�individualisme corse et l�absence d�initiatives �conomiques ne
permettent pas un d�veloppement interne... � � Les Corses manquent
d�aptitudes agricoles et industrielles �. Toujours dans ce m�me
plan, on parle d�introduire des � initiatives ext�rieures � et m�me,
plus clairement, de �l�introduction d�exploitants et de salari�s
�trangers �.
Voil� bien
du vrai colonialisme, net et sans fioriture. En mati�re de
colonisation, nous aurions pu rappeler l�envoi d�Alsaciens, de
Lorrains en 1774, puis apr�s 1830; nous pourrions tout simplement
rappeler la cr�ation des p�nitenciers agricoles de Castelluciu, Coti
Chjavari et Casabianda vers 1855. Les populations de
ces r�gions furent chass�es par l�arm� d�occupation et remplac�es
par des centaines de gal�riens. Le p�nitencier de Casabianda est
toujours une r�alit� bien vivante avec ses 2 000 ha, avec ses
centaines d�esclaves agricoles qui triment sur nos terres pour le
profit de l��tat fran�ais.
Nous
pourrions aussi citer nombre d��conomistes fran�ais qui, tout au
long du XIXe si�cle, ne cess�rent d�inciter leur Gouvernement �
envoyer des colons fran�ais en Corse. L�arriv�e massive des colons
ne s�est faite que de nos jours car, comme disait un certain Griffon
en 1841, �l�Alg�rie en raison de son immense �tendue sera pr�f�rable
pour nous � la Corse �.
Nous pouvons
�galement citer les nombreuses d�claration officielles de nos
Gouverneurs, oh pardon, de nos Pr�fets ; un certain Granval disait
de son palais exotique d�Aiacciu en 1878 � Je salue cette belle
colonie de Corse �. En 1964, un de vos g�ographes, Rondeau, dira:
�La mise en valeur de la Corse est un luxe dans lequel les Corses
n�ont rien � faire �.
1957, 1971,
c�est de l�Histoire d�aujourd�hui et vous avouerez, Messieurs les
Juges fran�ais, que pour un D�partement et m�me deux... bien
fran�ais, vous y avez d��tranges projets et des r�alisations, h�las
pour vous qui pr�tendez juger des Fran�ais de Corse, tout � fait
coloniales. Vos �crits sont du bon, du vrai colonialisme, avec son
honn�te dose de racisme et de m�pris.
Vous les
anciens ma�tres de l�Afrique et de l�Asie, vous avez cru que s�il ne
restait plus de �bougnoules � � faire suer en Alg�rie, il vous
res�tait au moins la Corse et la possibilit� d�y transplanter les
travailleurs maghr�bins, sur cette terre que vous avez vid�e de ses
habitants.
Vous nous
traitez, nous nationalistes corses, de racistes, vous qui n�h�sitez
pas � vous pr�valoir dans vos textes officiels d�une pr�tendue
sup�riorit� biologique. Vous dont la puissance et la richesse se
sont construites dans le sang, les larmes et l�exploitation des
Nations vaincues, sachez donc que les ouvriers maghr�bins que vous
exploitez sans vergogne dans notre Pays ne sont pas nos ennemis, ce
sont nos fr�res de colonisation. Ils n�ont rien � redouter du Peuple
corse.
Sachez aussi
que le Peuple corse ne menace aucun autre Peuple. Le Peuple corse,
comme les autres Peuples m�diterran�ens, est hospitalier et il a
toujours accueilli et assimil� les �trangers qui d�siraient
s�int�grer � lui.
Chez nous,
plus qu�ailleurs, nous respectons la vie et notre loi nationale,
c�est l�honneur. C�est-�-dire le respect de l�homme. Ce n�est pas
dans nos rangs que vous trouverez des massacreurs et des
tortionnaires.
Les Fran�ais
�tablis en Corse, qui n�exploitent pas les Corses et qui d�sirent
acqu�rir la nationalit� corse en participant � notre lutte de
lib�ration sont nos fr�res. Nous affirmons �galement que le Peuple
de France n�est pas un peuple ennemi. Nous ne luttons pas contre lui
car nous le consid�rons comme un Peuple ami, mais nous luttons
contre l��tat colonialiste fran�ais.
� Nous ne
luttons pas contre l�occupant fran�ais pour nous replier sur
nous-m�mes dans une autarcie archa�que et raciste. Bien au
con�traire, au lieu d��tre ray�s de la carte mondiale par l��tat
fran�ais, nous voulons avec l�ind�pendance nous ouvrir sur le monde.
En 1974, la
loi � Deixonne � est appliqu�e � la langue corse, 23 ans apr�s sa
promulgation en France ! Le principe de l�Universit� est enfin
accord� et son lieu d�implantation, gr�ce � la pression populaire,
sera Corti. Certains s��crient : � C�est de la folie ! �, mais, en
coulisses, on s�empresse de les rassurer : � Cette universit�
n�ouvrira jamais ses portes � ; c�est d�ailleurs la seule promesse
qui sera tenue... En fait, il s�agit de d�samorcer la lutte
nationale corse qui est maintenant prise en compte par l�ensemble du
peuple corse, l��tat colonialiste fran�ais envoie une sorte de
proconsul en janvier 1975. Il s�agissait de Libert Bou. Celui-ci
d�barque en Corse aur�ol� de toute la puissance du conqu�rant. Ce
haut fonctionnaire circula beaucoup ; les journaux signalaient jour
apr�s jour les �tapes de son p�riple ; sur les places de nos
villages � l�agonie il promettait, il promettait... Les �lus le
courtisaient c��tait � qui pouvait lui arracher le plus ; lui,
condescendant et superbe, donnait audience, flattait les uns et les
autres. Il se mettait � la port�e de l�indig�ne ; il allait faire
m�me mieux :11 re�ut dans la capitale fran�aise une d�l�gation de
l�ARC qui se voyait soudain, du moins certains de ses leaders l�ont
cru, reconnue comme interlocuteur valable. Quelques mois plus tard,
le sch�ma d�am�nagement de 1971 fut rapidement repl�tr�. lis le
baptis�rent � Charte de D�veloppement �, c��tait plus ronflant pour
les notables de l��le. Malheureusement il y a toujours les �ternels
m�con�tents. Les clandestins d�nonc�rent l�imposteur Libert Bou et
dans son manifeste de la Pentec�te Ghjustizia Paolina radicalisa la
revendication nationaliste : � La dimension politique de la Nation
corse ne se r�alisera qu�au sein d�un �tat souverain �. Les
manifestations reprennent, un slogan devient populaire, il appara�t
sur tous les murs de Corse " I Francesi Fora" ! Il nous para�t
inutile de traduire.
Au cours
d�un d�bat avec des nationalistes, Libert Bou accul� s ��cria � M�me
200 000 Corses autonomistes ne sauraient modifier la Constitution �.
C��tait la fin des r�ves de quelques r�formistes qui voulaient
modifier la Constitution fran�aise � partir de son article 72.
L�ARC avait
compris que la voie l�gale �tait une illusion. Apr�s l�Assembl�e
historique des militants en juillet 1975, la strat�gie �tait claire
� On ne transige pas avec le colonialisme, on l�abat ! �
� Le 17
ao�t, Edmondu Simeoni avait d�cid� de mettre en pratique cette
analyse. Il savait que le congr�s de Corti Il serait le dernier de
l�ARC. Il fut, � ce moment de notre histoire, l�unificateur de
toutes les tendances, il sut traduire de fa�on courageuse le point
de non-retour qu�avait atteint notre lutte.
Devant plus
de 10 000 Corses enthousiastes, il termina son discours tandis que
les militants scandaient � I Francesi Fora � en disant � Libert Bou
nous a ferm� la porte de la voie l�gale, nous lui r�pondrons : un
R�volutionnaire, ou il gagne, ou il meurt ! �.
Le 21 ao�t
1975, la cave d�un gros colon d�Aleria �tait occup�e par des
militants en armes. Ils s�attaquaient ainsi � tout l��difice
colonial et non � un quelconque scandale de la vinasse, comme le
pr�tendirent certains qui voulaient travestir la r�alit� historique.
Le monde entier conna�t la suite 2 000 soldats fran�ais investirent
la r�gion d�Aleria, les autos-mitrailleuses quadrill�rent les
routes, les h�licopt�res Puma d�vers�rent les soldats de l�ordre
fran�ais.
� Enfin ! �,
s�exclamaient les colons et les nostalgiques v�t�rans de l�arm�e
d�Afrique, ainsi que les 3000 l�gionnaires assassins qui occupent
nos villes, � enfin on va pouvoir les mater �.
Le 22,
l�assaut est donn�, 2 gardes mobiles sont tu�s, un patriote est
gri�vement bless�. Il s�agit de Petru Susini dont nous saluons le
sacrifice h�ro�que. Seul le sang-froid d�Edmondu Simeoni �vita de
justesse un bain de sang plus consid�rable. Bravo, prince
Poniatowski, vous �tiez � la hauteur des vainqueurs de Ponte Novu.
Nous tenons
aujourd�hui � rendre un vibrant hommage � Ed. Simeoni pour ce haut
fait de r�sistance de notre Histoire moderne.
Nous nous
souvenons �galement du sacrifice du militant nationaliste Ghjuvan
Bernardu Acquaviva, ce patriote atteint d�une grave maladie
abandonna son traitement m�dical pour rejoindre ses fr�res au
maquis, o� il mourut � l��ge de 23 ans, Fratellu, nous ne t�avons
pas oubli�, ton exemple est l� pour nous guider en ces moment
d�cisifs de notre lutte.
Le 27 ao�t,
le Gouvernement fran�ais a dissout l�ARC (Azzione per a Rinascita di
a Corsica). A Bastia, c�est l��meute. Le vieux r�flexe h�rit� des
si�cles de r�sistance n��tait pas perdu. Le Peuple a pris les armes,
ce sont de nouvelles pertes pour les forces d�occupation. Le matin
Bastia est quadrill� par les autos-mitrailleuses. Le Gouvernement
est surpris par l�intense mobilisation de cette Nation qu�il croyait
�genoux.
Bien s�r,
les officiels fran�ais continueront � all�guer � longueur de
discours que la Corse, c�est la France.
� Oui, c�est
la France, mais cette France-l� elle ressemble �trangement � celle
qui s��tendait jadis jusqu�� Tamanrassett...
� Gr�ves
g�n�rales, meetings, manifestations. Les syndicats corses prennent
d�sormais en compte tout ou partie de la revendication nationale.
Le PC corse,
apr�s avoir condamn� les actes de r�sistance dans les premiers jours
de l�apr�s Aleria, approfondit son analyse et, sous la pression de
sa base militante, se rapprocha de nous.
Le PS, qui
avait commenc� son �volution en 1974, adopta des positions proches
de l�autonomisme. Seulement il �tait, selon les vieilles habitudes
de la gauche fran�aise, en retard d�une d�cade.
La lutte
arm�e, dans les mois suivants, marqua le pas. Les structures
n��taient pas pr�tes. Les anciens cadres de l�ARC, compl�tement
d�pass�s par les �v�nements, ne savaient que qu�mander la lib�ration
d�E. Simeoni. Leur attentisme m�contenta la majorit� des militants,
dont une bonne partie avait d�j� pris le maquis.
Le
r�formisme �tait mort, et ce ne sont pas les faibles organisations
l�galistes APC puis UPC qui le ressusciteront. Les militants de
cette derni�re organisation sont nos fr�res et ils nous rejoignent
de plus en plus nombreux, conscients qu�ils sont de l�impasse
l�galiste.
Le
Gouvernement de la R�publique une et indivisible se faisait toujours
des illusions. � Tout peut encore s�arranger �, pensait-on � Paris.
L�Etat colonialiste parachuta alors un Pr�fet corse, c��tait le
premier depuis plus d�un si�cle. Ce tra�tre, plein d�arrogance,
singeant ses ma�tres fran�ais, croyait en imposer aux Corses par la
calomnie et l�insulte. Il osa traiter les fils de la Nation Corse de
voyous et de sardes. Injure significative et de son manque
d�argumentation, et surtout de son profond racisme.
Notre Peuple
le surnomma, avec m�pris, � Rio l�Harki �.
Le
5 mai 1976, � la veille du proc�s d�Aleria, naissait le Fronte
di Liberazione Naziunale di a Corsica. Le 5 mai 1976, le peuple
corse �merge r�solument sur la sc�ne de l�histoire.
La majorit�
des patriotes corses se sont r�unis au sein du FLNC pour donner � la
lutte nationale corse sa v�ritable dimension.
Le temps des
ambig�it�s et des doubles discours est r�volu.
Source photo :
Presse internet 1998, Unit� Naziunale, Archives du site.
Source info : Esiliatu,
Unit� Naziunale
� UNITA NAZIUNALE 1999 - 2006
Vos
r�actions sur cet article ici :
http://www.unita-naziunale.org/agora/viewtopic.php?t=1321 |