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ARCHIVES UNIT� NAZIUNALE

Archives Unit� Naziunale : 20 JUIN 1979, D�claration de Mathieu Filidori, militant du FLNC.

Le 20 juin 2006 : Proc�s d'un Peuple, le mardi 19 juin 1979, Mathieu Filidori, militant du FLNC, lut une longue d�claration.

Durant deux heures, Matteu Filidori va s�exprimer au nom de tous ses 21 camarades sur la question corse.

Facciu sta dichjarazione in nome di tutti i mio fratelli di lotta, in nome di tutti i militanti di U Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica, in nome di a Nazione Corsa occupata dapoi dui seculi da l�armata francese.

� Ne reconnais jamais les Fran�ais pour ma�tres ! �

Celui qui parlait ainsi �tait un nationaliste corse qui devait plus tard trahir son pays. Il s�agit de Napuleone Bonaparte... qui s�exprimait de la sorte dans un de ses manuscrits rest� in�dit.

Si nous en appelons � son t�moignage, c�est pour bien situer la date de l�agression fran�aise en Corse, et c�est pour montrer que la r�alit� de l��tat national corse est tr�s proche de nous dans le temps.

L�Histoire, falsifi�e par l�occupant fran�ais, a �t� r��crite de fa�on � occulter la conqu�te fran�aise ; jusqu�� en faire une v�ritable d�livrance. Les Corses, passant de la tyrannie g�noise au bonheur dans la citoyennet� fran�aise... Ce qui avait �t� leur d�sir profond depuis des temps imm�moriaux, disent les historiens � la solde du pouvoir colonialiste.

La r�alit� historique est tout autre

�   la Corse est une Nation

�   la Corse est un pays occup� depuis plus de deux si�cles par les troupes fran�aises

�   le peuple corse, apr�s une histoire multis�culaire faite de r�sistance � tous les envahisseurs, depuis les myst�rieuses statues de Filitosa, en passant par la conqu�te romaine puis par les longs si�cles de lutte contre la R�publique de G�nes, a forg� son unit� et s�est constitu� en Nation d�s le XIVe si�cle

� son but a toujours �t�, d�s cette �poque l�Ind�pendance Nationale. Cette aspiration profonde a �t� atteinte au XVIIIe si�cle par l��ta�blissement d�un Etat Ind�pendant. Notre R�publique a servi de mod�le aux r�volutionnaires europ�ens et m�me am�ricains, dont les peuples �taient encore en esclavage sous les gouvernements de droit divin.

Aucun lien de vassal � suzerain n a exist� chez nous envers les seigneurs fran�ais ou les Rois de France

Nous n�avons pas particip� � l��laboration de la Nation fran�aise Nous sommes un pays occup�.

De 1768 � 1820 nous avons r�sist� les armes � la main � l�Envahisseur fran�ais.

Que l�on consid�re bien ces deux dates

�   1768 20 ans avant la grande R�volution fran�aise qui devait cr�er la France moderne, nous avions un Etat souverain

�   1794 5 ans apr�s cette m�me R�volution, nous brisions les cha�nes coloniales en chassant les forces d�occupation et en proclamant � nouveau l�Ind�pendance.

Sous l�Empire nous avons r�sist�. Alors que Bonaparte laissait des traces imp�rissables dans l�organisation de l��tat fran�ais, notamment votre Code civil, le Peuple corse, comme le Peuple espagnol, se battait contre l�ennemi imp�rialiste.

La r�sistance a continu� jusqu�� 1820.

Il faut bien replacer la fin de l��crasement militaire de la Nation corse, par rapport � d�autres conqu�tes, car l�historiographie au service des Fran�ais voudrait faire de notre R�sistance une simple �chauffour�e un jour de mai 1769. Et encore, il s�agissait d�un quiproquo, ajoutent-ils...

Les arm�es de Paoli se battaient contre les Fran�ais, croyant que ceux-ci luttaient pour les soumettre aux G�nois ; mais, une fois le malentendu dissip�, ce fut le � bonheur � dans la Paix fran�aise...

Non, messieurs les Fran�ais, il vous a fallu 50 ans de guerre pour briser notre R�sistance. 1820, ce n�est pas tr�s loin dans le temps, la con�qu�te de l�Alg�rie remonte � 1830.

Nous proclamons � la face du Monde, et devant vous les Magistrats

de l��tat fran�ais, que nous ne sommes fran�ais

                ni par la g�ographie;

                ni par la langue

                ni par la culture

                ni par les moeurs

                 ni par la communaut� spirituelle;

                ni par les int�r�ts communs, tant �conomiques que strat�giques.

Et surtout pas par l�Histoire...

Nous sommes une Nation dans le plein sens du terme, et non pas dans le sens d�une vague survivance moyen�geuse, comme peuvent le revendiquer certaines de vos provinces particuli�res.

Nous ne sommes pas une minorit� nationale anachronique dans un �tat unifi�, mais un pays occup� dont l�organisation �tatique souveraine a �t� d�truite par vos arm�es.

� Nous allons retracer rapidement les deux si�cles de r�sistance du Peuple corse � l�occupation fran�aise, puisque, pour la premi�re fois depuis le XVI1I~ si�cle, des nationalistes corses peuvent disposer d�une Tribune dont le retentissement sera international.

L ��tat National Corse (1 755-1769).

Au XVIIIe si�cle, dans cette p�riode de Monarchie absolue, le Gouvernement corse �tait d�essence

populaire.

La souverainet� s�exer�ait par l�Assembl�e Nationale (� Cunsulta �) qui se r�unissait tous les ans et disposait du Pouvoir l�gislatif. Les repr�sentants du Peuple �taient �lus au suffrage universel par l�ensemble des citoyens.

Les femmes avaient le droit de vote.

L�Ex�cutif �tait responsable devant l�Assembl�e, il avait le G�n�ral de la Nation � sa t�te.

Une Constitution garantissait les Libert�s Publiques. (Constitution de 1755)

La Justice �tait populaire et ind�pendante de l�Ex�cutif. Le Droit corse �tait bas� sur la dignit� de l�Homme et sur la longue tradi�tion communautaire qui �tablissait un tr�s large domaine collectif des moyens de production et d�exploitation.

Notre �tat disposait de tous les attributs modernes de la Souverainet� il l�gif�rait, il levait l�imp�t, il battait monnaie ; il disposait d�une arm�e r�guli�re et populaire, d�un commerce organis� et d�une marine de guerre.

Notre Pays s��tait dot� d�un enseignement public gratuit et d�une Universit� de haut niveau.

Le Gouvernement informait tous les citoyens par l�interm�diaire du � Journal Officiel �.

L�oeuvre du gouvernement national fut immense. En quelques ann�es, il d�veloppa l�agriculture, le commerce et il jeta les bases d�une industrie.

L�oeuvre remarquable de la R�volution corse fut an�antie par la conqu�te fran�aise.

 

La Conqu�te Fran�aise. Le 15 mai 1768, l��tat fran�ais achetait les pr�tendus droits de la R�publique de G�nes sur la Corse. Le droit des peuples � disposer d�eux-m�mes n��tait pas encore formul� � l��poque (bien qu�il ne soit pas plus respect� de nos jours). Et pourtant de nom�breux pays protest�rent contre ce que les nationaux corses appel�rent un � vil march� � qui consistait � traiter un Peuple libre et souverain comme un vulgaire troupeau de moutons. Voltaire, Rousseau, �crivirent de violents pamphlets pour clamer leur indignation contre l�invasion de la jeune r�publique m�diterran�enne. Mais leurs �chos furent �touff�s par le fracas des armes.

12 000 Corses, pratiquement d�sarm�s, s�oppos�rent � 30 000 Fran�ais qui disposaient de la plus puissante arm�e de l�Occident.

Il fallut plus d�un an � l�arm�e fran�aise pour vaincre l�Arm�e nationale corse. De nombreuses batailles eurent lieu Pontenovu, qui reste la plus connue, vit non pas l�effondrement de l��tat corse mais simplement le d�bordement de l�Arm�e populaire �puis�e et d�pourvue de tout appui ext�rieur. Le fleuve Golu, rouge du sang de nos martyrs, charria pendant des mois les cadavres des soldats corses. Le pouvoir fran�ais �tablissait sa tyrannie sur des milliers de morts.

Depuis cette date 9 mai 1769, les historiens fran�ais voudraient faire croire que notre histoire est finie. La r�alit� est bien diff�rente. le Peuple corse organisa la r�sistance et une puissante guerilla s��tablit dans les montagnes.

Les chefs de l�exp�dition coloniale ordonn�rent de tout br�ler, de tout d�truire et de pendre les r�sistants sans jugement.

D�s cette �poque, le rebut de la nation fran�aise exploite effront�ment le peuple corse. Cette expression est due, non pas � nous, mais � des observateurs contemporains.

Au m�me moment, les martyrs de la Libert� r�sistaient au maquis.

Les supplices et les massacres se poursuivaient � un rythme infernal.

Circinellu, Pace Maria Falconetti, Acquaviva, Zampaglinu Bonelli,

Nicomedu Pasqualini �taient les chefs de la r�sistance.

 

La R�sistance. Cette r�sistance d�bouche en 1774 sur l�insurrection g�n�rale. La r�pression fut terrible des villages furent br�l�s, des patriotes pendus, des femmes viol�es, les enfants eux-m�mes ne furent pas �pargn�s

Les Oradour sur Glane furent l�gion

La Civilisation fran�aise progressait � pas de g�ant. Elle �tendait sur la Corse son voile de mort et d�horreur.

� Oui, Messieurs les magistrats de l��tat fran�ais, et vous Messieurs les officiers sup�rieurs de ce Tribunal militaire, les noms de vos g�n�raux �taient ex�cr�s par les Corses

�   Marbeuf, Devaux, les massacreurs de Ponte-Novu.

� Sionville, le boucher du Niolu qui reconnaissait au premier coup d�oeil la branche qui soutiendrait plusieurs pendus...

� Rivi�re, le criminel de guerre du Fiumorbu.

� Et tous les autres tortionnaires, Narbonne, Vaubois, Laffont...

Savez-vous qu�un g�n�ral fran�ais �labora le doux projet de d�porter tous les hommes dans vos anciennes colonies d�Am�rique?

De v�ritables camps de la mort lente furent ouverts � Toulon et � Embrun, o� des milliers de patriotes corses moururent de torture, d��pid�mie ou de faim

La lutte se poursuit jusqu�� la R�volution fran�aise. Paoli � Lon�dres �tait, d�j�, le chef d�un Gouvernement en exil... Il animait la r�sistance et cherchait des appuis pour reconqu�rir la libert�.

La R�volution fran�aise sert �galement d�alibi � certains historiens pour travestir l�histoire. Comme ils ne veulent pas justifier la pr�sence fran�aise en Corse par la conqu�te, ils se pr�valent d�un pr�tendu consensus corse d�adh�sion � la France concr�tis� par le d�cret du 30 novembre 1789. D�cret vot� par l�Assembl�e constituante fran�aise pour incorporer la Corse � l�Empire fran�ais. (et non pas � la Nation)

Il    s�agit d�une interpr�tation fallacieuse d�un ph�nom�ne qui fut g�n�ral en Europe la r�volution fran�aise fut bien accueillie en Corse comme elle l�a �t� en Italie et en Allemagne. Les cocardes tricolores qui orn�rent la poitrine de certains r�volutionnaires corses �taient un signe de ralliement � un principe r�volutionnaire, celui du droit des peuples � disposer d�eux-m�mes.

Principe qui, croyait-on, allait �tre adopt� par les nouveaux dirigeants fran�ais. En aucun cas il ne s�agit chez nous de participer aux luttes de la bourgeoisie fran�aise en mal de pouvoir politique. Tout ce qui �tait et tout ce qui est fran�ais nous est totalement �tranger. Seuls quelques tra�tres, vils intrigants � la solde de l�occupant, firent voter le d�cret en question, le Peuple corse ne fut m�me pas inform�. D�ailleurs, L�artisanat et l�industrie naissante, fortement p�nalis�s par les taxes, sont �cras�s.

 

�crasement de notre culture nationale

Parall�lement aux mesures destin�es � ruiner l��conomie, la grande pr�occupation fut de d�truire la

langue et la culture corses.

L�Universit� ferm�e en 1769 n�a jamais �t� r�ouverte, malgr� les demandes incessantes du peuple corse.

D�s les premi�res ann�es de la conqu�te, la langue fran�aise fut impos�e comme langue administrative. Mais les Corses la repouss�rent.

Le toscan, qui �tait la langue �crite, fut maintenu par les intellectuels. La lutte culturelle permit de r�sister efficacement � la francisation. De nombreux po�tes et historiens, de nombreux �crivains affirm�rent ainsi leur identit� nationale.

 

Oppression sociale

Sur le plan administratif toutes les mesures de lib�ralisation et de progr�s social appliqu�es en France par les Gouver�nements qui suivirent la Restauration ne furent jamais valables pour la Corse. Ainsi, le Jury criminel fut interdit, de m�me que le port d�arme durant pratiquement tout le XIXC si�cle.

Le banditisme rempla�a la r�sistance organis�e il traduisit l��tat de mis�re et d�abandon dans lequel croupissait le Peuple corse. Il �tait porteur de revendication collective d�un Pays occup�.

Les Corses ne croyaient pas en la Justice fran�aise, elle n��tait pas la leur et elle ne l�est toujours pas. Ils ne s�y reconnaissaient pas car cette Justice est bas�e sur la protection de la Propri�t� priv�e et sur la d�fense de toutes les formes d�exploitation.

Notre Peuple garde dans ses institutions communautaires le sens du collectif, l�esprit d��galit� et le sens concret de la Libert� li�s � une terre qui appartient aux communaut�s villageoises.

Le � banditisme � a �t� aussi une forme de rejet et de r�sistance � l�accaparement et � la colonisation de nos terres qui d�but�rent d�s 1770. Il est le r�sultat de la mis�re et de la d�structuration de la communaut� nationale, il s�oppose de fa�on rudimentaire, inconsciente et anarchique � l�Oppression fran�aise.

Tout le XIXe et le XXC si�cle furent marqu�s par l�envoi de commissions d�enqu�tes destin�es � promouvoir une mise en valeur de la Corse au seul profit du colon fran�ais

en 1838, le rapport � Blanqui � pr�conisait une mise en valeur intensive et l�envoi de colons en Corse

en 1908, le rapport � Delanney �, connu sous le nom de � rapport Cl�menceau �, d�finissait notre Pays comme le plus arri�r� d�Europe il n�y avait ni eau, ni �lectricit�, ni routes, le paludisme y s�vissait, l�esp�rance de vie ne d�passait pas trente ans et la mortalit� infantile atteignait de tristes records, mortalit� infantile qui est d�ail�leurs demeur�e sup�rieure � votre moyenne nationale...

notre agriculture �tait maintenue dans un �tat d�archa�sme de par la volont� de l�occupant;

l��lectricit� ne fut install�e qu�avec l�arriv�e des colons

notre pays est rest� sous-d�velopp�, dans tous les domaines, jusqu�en 1958.

 

R�sistance politique et culturelle.

Sur le plan politique les patriotes corses se regroup�rent en soci�t�s secr�tes. Vers 1830 existait un puissant mouvement clandestin, � I Pinnuti �.

Le manque de soutien ext�rieur et la conjoncture internationale emp�ch�rent le d�veloppement de la lutte arm�e. En 1835, Pasquale Paoli fut �lu d�put� de la Corse, alors qu�il �tait mort en 1807 ! Il s�agissait d�un acte de r�sistance et encore fut-il le fait d�une assembl�e de notables, qui se sont le plus souvent ralli�s � l�occupant par int�r�t de classe. Dans le peuple, le souvenir du Gouvernement national se main�tint intact, la m�moire de Paoli y �tait v�n�r�e.

En 1836, l�attentat du Corse Fieschi contre le Roi Louis-Philippe peut �tre consid�r� comme une manifestation des Pinnuti alli�s des Carbonari qui �taient � l��poque le seul appui r�volutionnaire de notre environnement g�ographique.

Au proc�s de Fieschi, le procureur fran�ais d�alors s ��cria � Seul un �tranger est capable d�un tel m�fait ! �... La majorit� des Corses ne participera jamais au fonctionnement du syst�me politique fran�ais. Les Corses cr�eront un contre-pouvoir corse qui, bien que domin� par la bourgeoisie, maintiendra la coh�sion et l�esprit national. Ce contre-pouvoir s�est, par la suite, perverti et corrompu au niveau de ses diri�geants. Les grandes familles qui se disputaient les maigres faveurs de l�occupant li�rent apr�s 1870 leur sort � celui de la R�publique fran�aise. Le peuple jamais �Apr�s la d�b�cle fran�aise de Sedan. H. Rochefort demanda � l�Assembl�e fran�aise l�exclusion de la Corse de l��tat fran�ais. En 1871 Cl�menceau, au nom du � Club positiviste �, faisait � son tour la m�me demande.

En Corse, l�avocat Santelli r�clama au nom du Peuple corse que l�Assembl�e fran�aise rende � la Corse son Ind�pendance nationale.

Une vague anti-corse d�ferla sur la France. Il y eut de v�ritables ratonnades contre les �migr�s corses. Ce racisme anti-corse s�est maintenu.

Sur le plan culturel, vers 1870 l�oppresseur crut triompher, car, apr�s 100 ans d�interdiction le toscan �tait pratiquement remplac� dans l�expression �crite par le fran�ais, et la justice se rendait obligatoirement dans la langue de Marbeuf.

Seulement, il ne s�agissait que de la victoire sur un aspect codifi� et superficiel de l�expression culturelle corse. La Culture corse, fruit de notre longue et tragique existence de Peuple m�diterran�en, est bien plus profonde. Notre civilisation a �t� forg�e par des si�cles de fer et de sang, par des si�cles de luttes. Elle est l�expression d�un Peuple de Rebelles, d�un Peuple de bergers et de montagnards.

Notre langue, qui s�est d�velopp�e � partir d�un fond latin et en harmonie avec lui, est une langue romane � part enti�re. Elle poss�de une riche litt�rature populaire d�expression orale, elle est la langue du Peuple.

Les Fran�ais, en s�attaquant � notre langue qualifi�e de � patois �, de � mauvais italien �, de � r�sidu �tranger ï¿½  inapte � v�hiculer une pens�e moderne, ont voulu d�truire notre Etre Collectif.

La d�portation en France ne fera qu�accentuer le traumatisme psychologique cr�� par l�imposition d�une langue �trang�re. La Corse est le seul Pays de la M�diterran�e � avoir subi une colonisation culturelle et humaine aussi totale.

Notre Peuple l�exprima parfaitement dans la maxime � Morta a lingua, mortu u populu � (la langue d�truite, le peuple est mort). C�est pourquoi la r�sistance linguistique maintiendra pendant une longue p�riode le sentiment national.

En 1896 apparut le premier journal en langue corse. �A Tramuntana� de Santu Casanova. Cette premi�re tentative d�expression uni�quement corse regroupa les patriotes qui, en unifiant et en enrichissant notre litt�rature, ouvrirent les voies du renouveau. Plus la francisation se d�veloppa par l�interdiction assortie de mesures punitives du corse � l��cole, par son �limination des �glises, par les refus r�it�r�s de la r�ouverture de l�Universit�, et plus la volont� des patriotes se renfor�a.

En 1904 - 1905, un journal nomm� � A Corsica � impulsa un puis�sant regroupement des Corses de l��le et de la Diaspora.

Il r�clamait la reconnaissance de la Nation corse et sa devise �tait � Corsica far� da s� �.

En 1914, Ghjacumu Santu Versini et Saveriu Paoli cr��rent �A Cispra �, revue nationaliste qui publia un manifeste qui fera date dans notre histoire � A Corsica �n � micca un dipartimentu francese, ma una nazione vinta chi da rinasce � (la Corse n�est pas un d�partement fran�ais, mais une Nation vaincue qui va rena�tre).

Le mouvement naissant sera bris� par la guerre de 14. Il n�avait pas assez de maturit� pour s�opposer aux d�parts des conscrits corses pour le front. Il laissa cependant une empreinte profonde dans le nationalisme corse.

La �grande boucherie� avait commenc�. La fleur de la jeunesse corse sera sacrifi�e pour d�fendre les int�r�ts de la bourgeoisie fran�aise. Les r�giments corses seront d�cim�s 40 000 morts ! tel est le lourd tri�but pay� par le peuple corse pour d�fendre les int�r�ts de l�imp�rialisme fran�ais. Nous avions perdu 14 % de notre peuple ; c�est un v�ritable g�nocide camoufl�. En France, il n�y eut que 5% de perte... Ces pourcentages d�montrent qu�il s�agit d�un v�ritable massacre. Les G�n�raux fran�ais avaient l�ordre de leur Gouvernement de mettre les Corses, les Marocains et les S�n�galais en premi�re ligne.

De la � chair � canon �, voil� ce que nous �tions pour la France !

Cette politique de r�servoir humain, o� l�imp�rialisme fran�ais puisait ses hommes de troupe et ses cadres coloniaux, se maintint jusqu�� la victoire du Peuple alg�rien.

Toutes les guerres fran�aises furent pour nous de v�ritables saign�es, qui, combin�es avec celles de l�exil, aboutiront � faire de notre Pays un d�sert humain. 300 000 Corses seront d�port�s en France en un si�cle.

Sur les plans politique et culturel ils seront d�sormais li�s, la lutte continua apr�s la guerre.

  En 1920 apparut � A Muvra �. Ce journal reprenait et d�veloppait le programme de � A Cispra �. Un puissant parti politique s�organisa �Un Partitu Corsu d�Azzione� qui exigeait la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse.    L�entre-deux guerres fut la p�riode d��panouissement de notre langue, notre Peuple r�apprit son histoire et comprit que la Corse �tait une colonie, au m�me titre que l�Alg�rie ou l�Indochine.

   L��tat fran�ais s�inqui�ta de cette puissante revendication nationale qui s�enracinait profond�ment dans le peuple. Il refusa d�examiner la question corse. Il y eut de nombreuses manifestations, de nombreux meetings politiques, et m�me deux tentatives, en 1934 et 1935, de r�tablir l�ancienne Assembl�e nationale corse, avec des centaines de repr�sentants de la Nation corse de l��le et de la Diaspora.    En 1931, le pouvoir colonialiste, craignant qu�un jour le banditisme maquisard ne serv�t de point d�appui � une r�sistance arm�e, comme cela avait �t� le cas en 1827 avec Tiadoru Poli, puis en 1887 avec Leandri, envoya un v�ritable corps exp�ditionnaire pour l��craser. Des villages entiers furent encercl�s par les troupes coloniales, des centaines de Corses furent emprisonn�s.

La r�sistance au fascisme et au nazisme (1939-1943). A la veille de la deuxi�me guerre mondiale, la situation en Corse �tait pr� insurrectionnelle, le nationalisme corse qui avait grandi s�appr�tait � porter un coup d�cisif � l�occupant fran�ais. Il allait, malheureusement, rencontrer un nouvel obstacle.

Avec Mussolini, l�ancienne revendication de la Corse terre italienne, qui remonte au Risorgimento, fut reprise avec force. Une puis�sante propagande utilisait l��tat d�abandon de l��le, ainsi que les parent�s linguistiques, pour attirer les Corses. La France eut beau jeu de pratiquer l�amalgame entre le mouvement nationaliste et quelques groupuscules pro-italiens et fascisants. Quelques jeunes intellectuels se ralli�rent � l�Irr�dentisme, croyant y trouver un rem�de � l�effondrement culturel et humain.

Nous tenons � dire que la majorit� des nationalistes ne s�y rallia pas, ils condamn�rent l�irr�dentisme avec force. Quant � nous, nous condamnons sans appel les quelques �gar�s qui servirent de pr�texte au maintien du joug fran�ais

Notre peuple ne pouvait se retrouver dans le r�gime dictatorial du � Duce � dont les conceptions blessaient profond�ment nos sentiments d�mocratiques communautaires. Mais, surtout, l�annexion � l�Italie aurait �t� la trahison de toute notre Histoire. En r�alit�, la cr�ation et l�unification de l��tat italien nous �tait tout aussi �trang�re que l��labo�ration de l��tat fran�ais.

Le colonialisme fran�ais profita de la situation, il accentua le vieux ressentiment anti-g�nois pour le transformer en racisme anti-italien ; il s�agissait d�une excellente diversion qui d�tournait les Corses de leur condamnation de l�exploitation fran�aise.

Ce fut l�origine du pseudo-serment de Bastia de 1938, qui ne peut �tre consid�r� comme un pl�biscite pro-fran�ais. Il s�agit d�une habile manipulation du peuple corse par l�Administration coloniale aid�e en Cette mise en sc�ne par les notables, valets de l�occupant.

Les Corses rassembl�s � Bastia n�acclam�rent pas la France mais condamn�rent le fascisme, ce qui est tout � fait diff�rent...

Daladier pratiqua les m�mes pitreries en Afrique du Nord, et pour�tant vous devez conna�tre le statut actuel de l�Alg�rie.

De 1941 � 1942 se forma le Front national, essentiellement dirig� par les communistes corses. Des nationalistes corses s�y ralli�rent, comme le grand po�te et historien Simone-Ghjuvanni Vinciguerra qui devint l�un des chefs de la R�sistance. Le PC corse avait � sa cr�ation un caract�re anti-colonialiste manifeste. Et, sans admettre le principe de l�autod�termination pour le Peuple corse, il reprenait les grands th�mes de la revendication nationaliste. Notamment sur la culture corse, sur la mise en valeur, sur le renouveau de l�int�rieur, sur la n�cessit� d��liminer les notables corrompus qui servaient le colonialisme.

Les collaborateurs du colonialisme devinrent les � collabos� du fascisme, ce sont les m�mes, qui aujourd�hui voudraient nous donner des le�ons de d�mocratie ! Qu�ils aient, au moins, la pudeur de se taire

Le maire bonapartiste d�Aiacciu, Dominique Paoli, f�licitait Mus�solini pour sa victoire en �thiopie... et il l�assurait de son total d�voue�ment...

Le chef de clan Fran�ois Pietri, h�ritier spirituel du puissant clan Gavini dont le pouvoir s�est maintenu jusqu�� nos jours, �tait un proche collaborateur du Mar�chal P�tain. Fran�ois Pietri avait une profonde admiration pour Hitler, il colportait dans l��le que le Fuhrer lui-m�me admirait le soldat corse et que, par cons�quent, le peuple corse serait admis � servir la � race des seigneurs �...

� L�appel � l�insurrection du 9 septembre 1943 s�adressa au peuple corse et non aux Fran�ais de Corse. A la bataille de Levie, livr�e contre les troupes allemandes, les combattants corses attaqu�rent l�Africa Korps avec le seul brassard � t�te de Maure pour embl�me.

� Radio-Alger elle-m�me reconnaissait l�identit� nationale corse en diffusant des �missions en langue corse ; ce qui n�est plus le cas aujourd�hui avec les TF1 et autres France-Inter... Mais il est vrai que les Fran�ais n�ont plus besoin des Corses pour chasser les Allemands.

�Scamaroni, Giusti, Vincetti, Mondoloni sont morts en h�ros pour que vive notre Peuple. Jean Nicoli, un des chefs de notre r�sis�tance, �crivant � ses enfants avant d��tre massacr� par les fascistes ita�liens, leur demanda de rester fid�les au drapeau � t�te de Maure et �l�id�al communiste. La Corse fut lib�r�e par ses fils, l�arm�e populaire qui prit le pouvoir � Aiacciu, faute d�une juste appr�hension de la r�alit� corse de la part du PC, remit notre pays sous la tutelle fran�aise.

L�erreur des nationalistes a �t�, en dehors de la fraction irr�dentiste minoritaire, le caract�re trop intellectuel de leur action. Les communis�tes surent, eux, impulser la r�volte arm�e, mais ils ne per�urent pas son caract�re profond qui �tait national corse. Abus�s par leur internationa�lisme et la venue prochaine de ce qu�ils croyaient &re le grand jour de la r�volution dans l�Europe lib�r�e, ils remirent la Corse dans les mains des Fran�ais. En le faisant, ils bris�rent inconsciemment pour la plupart l�espoir de tout un Peuple.

Effondrement �conomique et d�mographique (1946-1957). D�s

1946 le ch�mage, la mis�re, l�exode, la francisation rythm�rent � nou�veau la vie de nos villages.

Le Peuple corse de 300 000 habitants en 1914 s�effondra pour ne plus repr�senter que 120 000 des 230 000 habitants actuels de la Corse

Cette �poque fut le temps du m�pris d�formant du folklore de pacotille o� tout n��tait que toc, depuis � la vendetta made-in-France� jusqu�� la pseudo-roucoulade franco-napolitaine.

Notre terre �tait destin�e � assouvir le besoin d�exotisme des con�sommateurs europ�ens.

Pour le � fran�ais moyen �, il existe un st�r�otype du Corse �tre agressif et paresseux, prox�n�te et indisciplin�, cousin germain du mafioso sicilien. Cette image du Corse n�est pas n�e par hasard, elle est au contraire le r�sultat d�un long travail, notamment celui des �crivains fran�ais, depuis la conqu�te. Le Corse sauvage, paresseux et cruel a �t� l�un des th�mes favoris de la litt�rature fran�aise du XIXC si�cle. Les Chateaubriand, Balzac, M�rim�e et autres Flaubert s�en donn�rent � coeur joie.

Le XXe si�cle a continu� sur cette lanc�e, en accentuant encore cette image du Corse par le biais des m�dias. Ce racisme anti-corse atteindra son apog�e dans les ann�es 70 avec le substitut Pag�s qui, dans l�enceinte du tribunal de Nice, osa parler dans son r�quisitoire d�un chromosome corse de la criminalit�

Ce chromosome qui permit sans doute � Poniatowski d�accuser une pr�tendue � union corse � d�avoir la main-mise sur le march� interna�tional de la drogue, et que par cons�quent il suffisait d��liminer quelques Corses pour supprimer ce fl�au mondial.

Autre exemple de racisme, la tentative d�exclusion des �quipes de football corses du championnat de France amateur, lors d�une table ronde � Mont�limar, et ce � l�initiative d�une bonne partie des dirigeants des clubs fran�ais. Il y eut aussi les �meutes anti-corses de Lens en 1972 lors de la demi-finale de la Coupe de France. Il y eut le comit� anti-corse d��pinay-sur-Seine qui demandait la suppression de la cour d�Assises en Corse en raison de l�incapacit� cong�nitale des Corses � rendre la jus�tice. Il nous faut ajouter �galement que l�on rel�ve des propos racistes tous les jours dans une partie de la presse fran�aise et sur les ondes radio de ce pays.

Les r�cents sondages d�opinion en France r�v�lent dans une proportion importante que les Corses sont consid�r�s comme �trangers par les Fran�ais, ce qui d�ailleurs nous r�jouit, et est une preuve suppl�mentaire que le Corse est un colonis� comme les autres dans l�esprit de la majorit� des Fran�ais.

Mais quel plus bel exemple de racisme que celui qui s�est manifest� devant cette m�me juridiction en 1976. Un officier sup�rieur fran�ais, le Colonel Bouvet, ancien chef de la gendarmerie en Corse, y tint des propos infamants � l�encontre de notre Peuple. Ce � brillant officier �, chef du corps exp�ditionnaire de 1975, regrettait, � la barre de votre cour d�exception, de ne pas avoir pu raser au canon la cave d�Aleria et ainsi exterminer tous les insurg�s corses qui s�y trouvaient...

Cette �poque fut aussi celle du refoulement, de la mutilation volontaire de la part de certains exil�s corses qui, �cras�s par leur condition de colonis�s, croyaient se lib�rer en se reniant eux-m�mes, en affectant d��tre plus fran�ais que les Fran�ais.

Pendant ce temps, la plaine orientale, un moment assainie par le DDT des troupes am�ricaines, redevint le domaine de l�anoph�le. Le train, pour quelques ponts d�truits par les Allemands, fut supprim� de la plaine orientale. Comme apr�s 14, l�administration coloniale disait Partez, ici il n�y a rien � faire, la Corse est pauvre, elle l�a toujours �t�, heureusement qu�il y a la France pour vous nourrir.

Sur ce fond de marasme �conomique et de ch�mage, lentement la lutte pour la langue et la culture permit le regroupement des �nergies pour reconstruire un Parti nationaliste.

Une des premi�res tentatives fut en 1955 la revue � U Muntese �les �crivains revendiquaient alors l�application de la loi Deixonne vot�e en 1951 qui assurait un enseignement minimum des langues minoritaires de France. Le corse en avait �t� exclu, certes par ostracisme pur et simple, mais surtout par une reconnaissance implicite dans l�esprit du l�gis�lateur fran�ais que la culture corse �tait celle d�une Nation qu�il fallait � tout prix an�antir.

L�enseignement v�ritable du corse fut pris en main par des patriotes � partir de 1970. Ce fut le magnifique combat de � Scola Corsa �, ce fut la bataille pour la r�ouverture de l�Universit� di Corti, et aussi l�inlassa�ble travail des militants pour recorsiser les noms de nos villages. Ce renouveau culturel qui amena le m�rissement du nationalisme corse s�affirma en 1973 � l�Universita d�Estate qui fut le lieu de rencontre de toutes les forces combattantes de notre Peuple. La Jeunesse corse y tint un r�le consid�rable, elle renoua avec les sources profondes de son his�toire. C�est � Corti que furent pr�cis�es et approfondies les notions de Corsit� et de Corsitude.

A partir de 1957, la politique fran�aise change, les cr�dits arrivent, les d�frichements commencent, des routes sont ouvertes, l��lectrifica�tion s�acc�l�re, des barrages sont construits, mais tout cela n�est pas pour les Corses. Non 1 tout cela est destin� aux � pauvres � colons fran��ais chass�s d�Afrique par les patriotes alg�riens.

La colonisation de peuplement a d�but�, elle sera massive.

 

La colonisation de peuplement et le d�but du sursaut national (1957-1975).

 

Suite de la lecture devant la cours de suret� de l'�tat.

 

Parall�lement au renouveau culturel, le traumatisme provoqu� par le d�ferlement des colons amena la cr�ation des premiers groupes revendicatifs. Leurs programmes �taient purement �conomiques. C��tait en 1959-60, le mouvement du 29 novembre, le DIECO, le CAPCO. Dans ces rassemblements, les �lus et la moyenne bourgeoisie d�tenaient la direction. L��tat fran�ais les ignora et, au lieu d�accorder une place quelconque aux Corses dans la r�novation agricole qui avait d�but� par l�interm�diaire de la SOMIVAC (soci�t� de mise en valeur �tatique cr��e en 1957), l��tat y accentua au contraire la venue des Fran�ais.

Il en alla de m�me dans le domaine du tourisme avec la SETCO (homologue de la SOMIVAC pour le tourisme) qui favorisa l�implantation de grandes soci�t�s capitalistes franco-internationales.

Les Corses, impuissants, assist�rent � l�accaparement des meilleures terres de la plaine orientale et � la d�possession totale de leur c�te au profit des trusts internationaux. Les �lus, qui avaient d�abord particip� aux diff�rents mouvements revendicatifs, furent rappel�s � l�ordre. Leurs �lections truqu�es, leurs listes �lectorales gonfl�es, leur pr�bende et leur client�lisme ne leur permettaient pas de r�sister davantage...

Une petite partie de la bourgeoisie lib�rale abandonna les �lus et se regroupa autour de Max Simeoni qui devait fonder le CEDIC, organe revendicatif demandant, outre un d�veloppement �conomique pour les Corses, un statut sp�cial.

Une partie de la diaspora intellectuelle, compos�e surtout d��tudiants, se regroupa � Paris autour de I�UNEC et de l�Union Corse. Ils constitu�rent un courant nettement plus politis� et qui se voulait socialiste.

La fusion des deux courants amena la naissance du FRC en 1966.

En 1967, l�ARC naissait d�une scission du FRC.

D�s 1965 les paysans s�organis�rent en syndicat pour d�noncer les spoliations et les discriminations dont �taient victimes les Corses exclus de la mise en valeur de leur pays.

1969, � Rendez-nous nos terres �, crient les jeunes Corses du Fium�orbu en occupant la mairie de Ghisonaccia. Les charges de CRS tentent de ramener l�ordre, c�est la r�pression. A Portu, la m�me ann�e, des centaines de Corses barrent les routes, nouvelles charges de CRS. Les manifestations se font de plus en plus nombreuses et sont de plus en plus marqu�es par la d�termination de notre Peuple.

1970, certaines tentatives de perc�e sur le plan �lectoral �chouent, car les r�gionalistes ne saisissent pas encore nettement la nature du colo�nialisme.

1972, Casabianda, le fameux p�nitencier agricole, est occup�. La r�ponse du pouvoir ne tarde pas matraquages, charges de CRS, grena�des lacrymog�nes. Mais le Peuple retrouve son pass� de lutte.

Pendant ce temps, les �tudiants popularisent la lutte pour l�Universit� di Corti, la FEC puis la Cunsulta di i studienti corsi multiplient les manifestations et les occupations. � Ils se calmeront, ils sont jeunes �,, dit-on dans les milieux colonialistes... H�las pour l�administration colo�niale, en f�vrier 1973, la sous-pr�fecture de Bastia est occup�e, saccag�e, le sous-pr�fet pris en otage et, � sacril�ge, le drapeau corse remplace le drapeau tricolore au m�t officiel ! Le but apparent de la manifestation �tait d�exiger l�arr�t du d�versement des boues rouges en M�diterran�e. Mais sa signification profonde �tait tout autre elle avait une dimension nationale corse.

Le FRC apporte alors une contribution th�orique importante dans l�analyse du m�canisme colonial. � Arritti �, � Populu Corsu �, sont les journaux de lutte qui mettent en pi�ce la propagande des trusts fran�ais de l�information.

En 1973, � A Chjama di u Castellare � annonce que rien ne va plus dans l�esprit des Corses. C�est maintenant l�autonomie interne que le PPC (successeur du FRC) r�clame et que l�ARC adopte quelques mois plus tard.

� Attention �, dit-on dans les milieux officiels � l�autonomie, c�est l�antichambre de l�ind�pendance...

Toujours cette m�me ann�e, le d�l�gu� corse � la conf�rence internationale de Beyrouth sur la pollution affirme �Je parle au nom d�un Peuple musel�, la Corse est une Nation vaincue �. C�est la stupeur au Quai d�Orsay, c�est que � ce n�est plus de l��cologie, ni du poujadisme...

En septembre 1973, le Scarlino, bateau qui d�verse les boues rouges au large des c�tes corses, est plastiqu� par un commando dans un port italien.

En octobre, ce sont cette fois les installations de la base de Sulinzara qui sautent pour la premi�re fois, la place forte de l�Imp�rialisme fran�ais en M�diterran�e est menac�e. Cet attentat est revendiqu� par le FPCL (Fronte Paisanu Corsu di Liberazione) qui publiera un programme nationaliste avanc�.

� Mais c�est du s�paratisme �, � il faut r�primer �, ordonne-t-on � l��lys�e. Le Conseil des ministres fran�ais ira jusqu�� se ridiculiser en annon�ant la dissolution du FPCL...

Mars 1974, le Premier ministre de la R�publique fran�aise vient visiter un � d�partement bien comme les autres �. Seulement, il est accueilli chaleureusement par la destruction d�une Caravelle et par le plasticage de la Sous-Pr�fecture de Bastia. � Bienvenue �, lui dit Ghjustizia Paolina dans sa revendication, le peuple t�moigne par son absence des visites officielles que la voie de la lutte arm�e est la sienne. D�sormais, il y a deux organisations clandestines qui pr�parent la lutte de lib�ration.

� C�est grave, mais il s�agit de men�es s�paratistes ultra�groupusculaires �, � Le probl�me est �conomique, donc des sous et tout rentrera dans l�ordre� esp�rent les experts fran�ais...

D�j� 1970 avait vu la France � g�n�reuse� octroyer une r�gion corse de programme d�tach�e de la Provence C�te d�Azur. En 1971, un plan d�am�nagement qualifi� de � plan de d�m�nagement des Corses �, fut publi�. Il pr�voyait pour 1985 350 000 habitants en Corse, dont seulement 100 000 Corses. Ce plan n��tait pas une vue de l�esprit, il y est �crit, noir sur blanc, la mort programm�e de notre Peuple. C�est la colonisation de la Mitidja avec l�ordinateur.

Mais, ce n�est pas une surprise ; le plan de 1957 �tait d�j� dans la parfaite logique de la colonisation, il y avait de belles phrases du genre � L�individualisme corse et l�absence d�initiatives �conomiques ne permettent pas un d�veloppement interne... � � Les Corses manquent d�aptitudes agricoles et industrielles �. Toujours dans ce m�me plan, on parle d�introduire des � initiatives ext�rieures � et m�me, plus clairement, de �l�introduction d�exploitants et de salari�s �trangers �.

Voil� bien du vrai colonialisme, net et sans fioriture. En mati�re de colonisation, nous aurions pu rappeler l�envoi d�Alsaciens, de Lorrains en 1774, puis apr�s 1830; nous pourrions tout simplement rappeler la cr�ation des p�nitenciers agricoles de Castelluciu, Coti Chjavari et Casabianda vers 1855. Les populations de ces r�gions furent chass�es par l�arm� d�occupation et remplac�es par des centaines de gal�riens. Le p�nitencier de Casabianda est toujours une r�alit� bien vivante avec ses 2 000 ha, avec ses centaines d�esclaves agricoles qui triment sur nos terres pour le profit de l��tat fran�ais.

Nous pourrions aussi citer nombre d��conomistes fran�ais qui, tout au long du XIXe si�cle, ne cess�rent d�inciter leur Gouvernement � envoyer des colons fran�ais en Corse. L�arriv�e massive des colons ne s�est faite que de nos jours car, comme disait un certain Griffon en 1841, �l�Alg�rie en raison de son immense �tendue sera pr�f�rable pour nous � la Corse �.

Nous pouvons �galement citer les nombreuses d�claration officielles de nos Gouverneurs, oh pardon, de nos Pr�fets ; un certain Granval disait de son palais exotique d�Aiacciu en 1878 � Je salue cette belle colonie de Corse �. En 1964, un de vos g�ographes, Rondeau, dira: �La mise en valeur de la Corse est un luxe dans lequel les Corses n�ont rien � faire �.

1957, 1971, c�est de l�Histoire d�aujourd�hui et vous avouerez, Messieurs les Juges fran�ais, que pour un D�partement et m�me deux... bien fran�ais, vous y avez d��tranges projets et des r�alisations, h�las pour vous qui pr�tendez juger des Fran�ais de Corse, tout � fait coloniales. Vos �crits sont du bon, du vrai colonialisme, avec son honn�te dose de racisme et de m�pris.

Vous les anciens ma�tres de l�Afrique et de l�Asie, vous avez cru que s�il ne restait plus de �bougnoules � � faire suer en Alg�rie, il vous res�tait au moins la Corse et la possibilit� d�y transplanter les travailleurs maghr�bins, sur cette terre que vous avez vid�e de ses habitants.

Vous nous traitez, nous nationalistes corses, de racistes, vous qui n�h�sitez pas � vous pr�valoir dans vos textes officiels d�une pr�tendue sup�riorit� biologique. Vous dont la puissance et la richesse se sont construites dans le sang, les larmes et l�exploitation des Nations vaincues, sachez donc que les ouvriers maghr�bins que vous exploitez sans vergogne dans notre Pays ne sont pas nos ennemis, ce sont nos fr�res de colonisation. Ils n�ont rien � redouter du Peuple corse.

Sachez aussi que le Peuple corse ne menace aucun autre Peuple. Le Peuple corse, comme les autres Peuples m�diterran�ens, est hospitalier et il a toujours accueilli et assimil� les �trangers qui d�siraient s�int�grer � lui.

Chez nous, plus qu�ailleurs, nous respectons la vie et notre loi nationale, c�est l�honneur. C�est-�-dire le respect de l�homme. Ce n�est pas dans nos rangs que vous trouverez des massacreurs et des tortionnaires.

Les Fran�ais �tablis en Corse, qui n�exploitent pas les Corses et qui d�sirent acqu�rir la nationalit� corse en participant � notre lutte de lib�ration sont nos fr�res. Nous affirmons �galement que le Peuple de France n�est pas un peuple ennemi. Nous ne luttons pas contre lui car nous le consid�rons comme un Peuple ami, mais nous luttons contre l��tat colonialiste fran�ais.

� Nous ne luttons pas contre l�occupant fran�ais pour nous replier sur nous-m�mes dans une autarcie archa�que et raciste. Bien au con�traire, au lieu d��tre ray�s de la carte mondiale par l��tat fran�ais, nous voulons avec l�ind�pendance nous ouvrir sur le monde.

En 1974, la loi � Deixonne � est appliqu�e � la langue corse, 23 ans apr�s sa promulgation en France ! Le principe de l�Universit� est enfin accord� et son lieu d�implantation, gr�ce � la pression populaire, sera Corti. Certains s��crient : � C�est de la folie ! �, mais, en coulisses, on s�empresse de les rassurer : � Cette universit� n�ouvrira jamais ses portes � ; c�est d�ailleurs la seule promesse qui sera tenue... En fait, il s�agit de d�samorcer la lutte nationale corse qui est maintenant prise en compte par l�ensemble du peuple corse, l��tat colonialiste fran�ais envoie une sorte de proconsul en janvier 1975. Il s�agissait de Libert Bou. Celui-ci d�barque en Corse aur�ol� de toute la puissance du conqu�rant. Ce haut fonctionnaire circula beaucoup ; les journaux signalaient jour apr�s jour les �tapes de son p�riple ; sur les places de nos villages � l�agonie il promettait, il promettait... Les �lus le courtisaient c��tait � qui pouvait lui arracher le plus ; lui, condescendant et superbe, donnait audience, flattait les uns et les autres. Il se mettait � la port�e de l�indig�ne ; il allait faire m�me mieux :11 re�ut dans la capitale fran�aise une d�l�gation de l�ARC qui se voyait soudain, du moins certains de ses leaders l�ont cru, reconnue comme interlocuteur valable. Quelques mois plus tard, le sch�ma d�am�nagement de 1971 fut rapidement repl�tr�. lis le baptis�rent � Charte de D�veloppement �, c��tait plus ronflant pour les notables de l��le. Malheureusement il y a toujours les �ternels m�con�tents. Les clandestins d�nonc�rent l�imposteur Libert Bou et dans son manifeste de la Pentec�te Ghjustizia Paolina radicalisa la revendication nationaliste : � La dimension politique de la Nation corse ne se r�alisera qu�au sein d�un �tat souverain �. Les manifestations reprennent, un slogan devient populaire, il appara�t sur tous les murs de Corse " I Francesi Fora"   ! Il nous para�t inutile de traduire.

Au cours d�un d�bat avec des nationalistes, Libert Bou accul� s ��cria � M�me 200 000 Corses autonomistes ne sauraient modifier la Constitution �. C��tait la fin des r�ves de quelques r�formistes qui voulaient modifier la Constitution fran�aise � partir de son article 72.

L�ARC avait compris que la voie l�gale �tait une illusion. Apr�s l�Assembl�e historique des militants en juillet 1975, la strat�gie �tait claire � On ne transige pas avec le colonialisme, on l�abat ! �

� Le 17 ao�t, Edmondu Simeoni avait d�cid� de mettre en pratique cette analyse. Il savait que le congr�s de Corti Il serait le dernier de l�ARC. Il fut, � ce moment de notre histoire, l�unificateur de toutes les tendances, il sut traduire de fa�on courageuse le point de non-retour qu�avait atteint notre lutte.

Devant plus de 10 000 Corses enthousiastes, il termina son discours tandis que les militants scandaient � I Francesi Fora � en disant � Libert Bou nous a ferm� la porte de la voie l�gale, nous lui r�pondrons : un R�volutionnaire, ou il gagne, ou il meurt ! �.

Le 21 ao�t 1975, la cave d�un gros colon d�Aleria �tait occup�e par des militants en armes. Ils s�attaquaient ainsi � tout l��difice colonial et non � un quelconque scandale de la vinasse, comme le pr�tendirent certains qui voulaient travestir la r�alit� historique. Le monde entier conna�t la suite 2 000 soldats fran�ais investirent la r�gion d�Aleria, les autos-mitrailleuses quadrill�rent les routes, les h�licopt�res Puma d�vers�rent les soldats de l�ordre fran�ais.

� Enfin ! �, s�exclamaient les colons et les nostalgiques v�t�rans de l�arm�e d�Afrique, ainsi que les 3000 l�gionnaires assassins qui occupent nos villes, � enfin on va pouvoir les mater �.

Le 22, l�assaut est donn�, 2 gardes mobiles sont tu�s, un patriote est gri�vement bless�. Il s�agit de Petru Susini dont nous saluons le sacrifice h�ro�que. Seul le sang-froid d�Edmondu Simeoni �vita de justesse un bain de sang plus consid�rable. Bravo, prince Poniatowski, vous �tiez � la hauteur des vainqueurs de Ponte Novu.

Nous tenons aujourd�hui � rendre un vibrant hommage � Ed. Simeoni pour ce haut fait de r�sistance de notre Histoire moderne.

Nous nous souvenons �galement du sacrifice du militant nationaliste Ghjuvan Bernardu Acquaviva, ce patriote atteint d�une grave maladie abandonna son traitement m�dical pour rejoindre ses fr�res au maquis, o� il mourut � l��ge de 23 ans, Fratellu, nous ne t�avons pas oubli�, ton exemple est l� pour nous guider en ces moment d�cisifs de notre lutte.

Le 27 ao�t, le Gouvernement fran�ais a dissout l�ARC (Azzione per a Rinascita di a Corsica). A Bastia, c�est l��meute. Le vieux r�flexe h�rit� des si�cles de r�sistance n��tait pas perdu. Le Peuple a pris les armes, ce sont de nouvelles pertes pour les forces d�occupation. Le matin Bastia est quadrill� par les autos-mitrailleuses. Le Gouvernement est surpris par l�intense mobilisation de cette Nation qu�il croyait �genoux.

Bien s�r, les officiels fran�ais continueront � all�guer � longueur de discours que la Corse, c�est la France.

� Oui, c�est la France, mais cette France-l� elle ressemble �trangement � celle qui s��tendait jadis jusqu�� Tamanrassett...

� Gr�ves g�n�rales, meetings, manifestations. Les syndicats corses prennent d�sormais en compte tout ou partie de la revendication nationale.

Le PC corse, apr�s avoir condamn� les actes de r�sistance dans les premiers jours de l�apr�s Aleria, approfondit son analyse et, sous la pression de sa base militante, se rapprocha de nous.

Le PS, qui avait commenc� son �volution en 1974, adopta des positions proches de l�autonomisme. Seulement il �tait, selon les vieilles habitudes de la gauche fran�aise, en retard d�une d�cade.

La lutte arm�e, dans les mois suivants, marqua le pas. Les structures n��taient pas pr�tes. Les anciens cadres de l�ARC, compl�tement d�pass�s par les �v�nements, ne savaient que qu�mander la lib�ration d�E. Simeoni. Leur attentisme m�contenta la majorit� des militants, dont une bonne partie avait d�j� pris le maquis.

Le r�formisme �tait mort, et ce ne sont pas les faibles organisations l�galistes APC puis UPC qui le ressusciteront. Les militants de cette derni�re organisation sont nos fr�res et ils nous rejoignent de plus en plus nombreux, conscients qu�ils sont de l�impasse l�galiste.

Le Gouvernement de la R�publique une et indivisible se faisait toujours des illusions. � Tout peut encore s�arranger �, pensait-on � Paris. L�Etat colonialiste parachuta alors un Pr�fet corse, c��tait le premier depuis plus d�un si�cle. Ce tra�tre, plein d�arrogance, singeant ses ma�tres fran�ais, croyait en imposer aux Corses par la calomnie et l�insulte. Il osa traiter les fils de la Nation Corse de voyous et de sardes. Injure significative et de son manque d�argumentation, et surtout de son profond racisme.

Notre Peuple le surnomma, avec m�pris, � Rio l�Harki �.

Le 5 mai 1976, � la veille du proc�s d�Aleria, naissait le Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica. Le 5 mai 1976, le peuple corse �merge r�solument sur la sc�ne de l�histoire.

La majorit� des patriotes corses se sont r�unis au sein du FLNC pour donner � la lutte nationale corse sa v�ritable dimension.

Le temps des ambig�it�s et des doubles discours est r�volu.

 

 

Source photo : Presse internet 1998, Unit� Naziunale, Archives du site.
Source info : Esiliatu,  Unit� Naziunale

� UNITA NAZIUNALE 1999 - 2006

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