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MARCEL LORENZONI : TEXTE DE REFLEXION "SIX MOIS APRES"

Six mois apr�s le meurtre du Pr�fet Erignac, malgr� les effets d�annonce policiers et judiciaires, l�enqu�te n�aboutit pas. Elle permet par contre une r�pression tous azimuts sans pr�c�dent, touchant l�ensemble de la soci�t� corse, men�e � partir de fuites orchestr�es par la police et la justice, et abondamment reprises par les m�dias. Des coupables potentiels pr�fabriqu�s sont jet�s en p�ture � l�opinion publique, et incarc�r�s. Au passage on embastille quelques personnalit�s appartenant � par hasard � � l�opposition.

 

 Le fait majeur de toute cette agitation est la mise sous tutelle de la principale Banque de l��le, ce qui d�terminera tr�s vite le blocage de ce qui reste de vie �conomique � indig�ne �. Les malversations en mati�re de financement agricole, permis depuis plus de 20 ans par le minist�re de l�agriculture en sont le pr�texte.

Tout se passe comme si on avait d�cid� de faire en sorte que les Corses soient forc�s de brader leur patrimoine foncier et immobilier. Ce qui arrive aujourd�hui s�inscrit dans la suite de la volont� de l��tat, exprim�e par le sch�ma d�am�nagement DATAR 1972, d�imposer aux corses un d�veloppement bas� sur le potentiel touristique, sans consid�ration des int�r�ts de l��le, au profit d�int�r�ts ext�rieurs : banques, tour-operators, BTP, transports, grande distribution�pour l�essentiel.

 

Ce plan a �t� retard� par la mont�e de la contestation qu�il a provoqu�. Il n�a �t� ni abandonn�, ni m�me modifi�, malgr� les d�clarations de tous les gouvernants depuis 1975. De 1975 � 1980, la seule r�ponse de l��tat fut la r�pression polici�re directe, justifi�e par toutes sortes de provocations. On ira jusqu�� la mise en �uvre d�une police parall�le (FRANCIA) dont les responsables connus sont impunis � ce jour. La France n�est pas l�Espagne. Cette p�riode a vu �galement se d�velopper la structure � clandestine � du FLNC, vite suivie des premi�res arrestations des militants les plus d�termin�s ou les plus na�fs. Ce moment aura son terme avec les affaires de Bastelica et de l�H�tel Fesch, en janvier 1980. La r�pression d�bouche sur un �chec politique.

 

 En mai 1981 le pouvoir change de main, en France, et la police de tactique, en Corse. Le tout-repression �l�mentaire, la manipulation directe sont relativis�es au profit d�une action psychologique de guerre, d�s lors que le statut de 1982 s�av�re insuffisant et les interlocuteurs du pouvoir d�pass�s.

Les principes de l�action psychologique sont connus : utiliser la rumeur, l�intoxication, l�infiltration, la manipulation, semer la discorde, circonvenir, retourner ou acheter l�encadrement adverse, abouti � une d�moralisation g�n�rale chez l�ennemi en suscitant au besoin une � 5�me colonne �. Cette politique, pr�c�dant la phase actuelle fut appliqu�e sans interruption de 1981 � 1997. C�est l� qu�il faut chercher l�origine des crises et des scissions qui ont affect� le mouvement national, se terminant par les meurtres fratricides des ann�es 1995-96.

 

Cette politique multi-mill�naire a pu se d�velopper gr�ce � l�ignorance du plus grand nombre et � ses certitudes, avec la complicit� active ou passive de la majorit� des appareils des organisations nationalistes. Elle a emp�ch� jusqu�� ce jour, la structuration r�elle du mouvement national corse. En y regardant de plus pr�s, on discerne d�ailleurs des traces de noyautage d�s la constitution des premiers groupes clandestins, et ce, avant 1975.

Nous vivons aujourd�hui la suite logique d�une longue p�riode de pourrissement. La r�pression directe se d�cha�ne � nouveau, sous pr�texte de � r�tablir l��tat de

 droit �. S�il existe en Corse une situation de Non-Droit, elle a �t� voulue par tous les gouvernements fran�ais depuis la conqu�te, qui est elle-m�me un fait de Non-Droit. Apr�s avoir �cras� la Nation Corse, il s�agit aujourd�hui de la d�pouiller de son seul bien, sa terre. Les peaux-rouges d�Am�rique ont eu le m�me sort. Mis � part le comportement assimilateur de nos occupants, nous aurons, si le projet aboutit, nous aussi nos � r�serves �.

 

Malgr� les bonnes intentions affich�es � l��gard de la Corse, les faits le disent, ils sont t�tus. Personne n�y �chappera, pas m�me ceux qui tirent encore leur �pingle du jeu pour l�instant. L�actuel 1er Ministre multiplie les incantations sur l��tat de droit, et sur sa volont� de donner � la Corse toutes ses chances de d�veloppement �conomique, culturel, linguistique. Comment peut-il esp�rer aboutir sans modifier le cadre constitutionnel qui a g�n�r� la situation actuelle ? Comment fera-t-il dispara�tre le triangle infernal constitu�  par la classe politique, l�administration et la banque, et leur interaction � � la fran�aise �. La Constitution fran�aise n�est aujourd�hui rien d�autre que la couverture d�int�r�ts particuliers antinomiques de l�int�r�t collectif corse. Maintenir la Corse dans ce cadre, c�est tuer son Peuple.

 

 Le probl�me est une fois de plus pos� au gouvernement fran�ais. Il est �galement pos� aux corses, et en particulier � tous ceux qui se r�clament de la Nation Corse. Ils sont aujourd�hui dispers�s, divis�s. Ils n�ont pas disparu, pas plus que les raisons de leur engagement. Ils doivent se rassembler, pour faire �chec � un pouvoir qui s�appuie sur une � majorit� � g�n�r�e par le non-developpement, la fraude �lectorale et la colonisation de peuplement. Pour obtenir une solution n�goci�e, le mouvement national doit cr�er une coordination, installer d�mocratiquement ses instances repr�sentatives sur une base de pluralit� rassembl�e sur des principes et des objectifs.

Il faut pour cela surmonter les effets de l�action polici�re d�une part, et les effets de nos propres carences d�autre part. Sauf � vouloir privil�gier des int�r�ts particuliers ou ext�rieurs, l�heure est pour nous celle des choix clairs.

Il faut r�soudre dans l�int�r�t national, et rapidement, tous les probl�mes internes au mouvement national. Rien ne peut s�opposer valablement � la mise en place d�une coordination de concertation et d�action. Les vell�it�s d�h�g�monie sont irr�alistes et st�riles. Elles doivent �tre abandonn�es dans les faits.

 

 La clandestinit� a port� l�essentiel des probl�mes du mouvement. Elle doit se remettre en question, et cesser de confondre la fin et les moyens. Son existence ne doit pas pour autant servir de pr�texte � l�immobilisme. Elle doit �tre d�pass�e dans le souci de l�int�r�t commun, s�il existe, et en tous cas pour ceux qui y croient.

 

La Corse est une Nation vaincue par les armes, devenue fran�aise sans qu�aucun Trait� ne l�ait juridiquement �tabli. Cette r�alit� historique doit servir de base � l�action commune. Elle doit �tre soumise � l�appr�ciation des instances internationales comp�tentes. Celles-ci, interpell�es par une action populaire ad�quate, refusant les provocations, isolant les provocateurs, obtiendront de l��tat fran�ais ce que les nationalistes n�ont pas encore obtenu, apr�s plus de vingt ans d�une lutte in�gale. C�est le moment. Ne le laissons pas passer.


 

Source photo : Unit� Naziunale, Archives du site.
Source info :  Unit� Naziunale

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