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J��prouve le besoin de vous �crire pour revenir sur notre entrevue.
Vous
m�avez dit plusieurs fois que je vous faisais peur. Je n�ai pas
compris pourquoi. Vous m�avez affirm� avoir de moi une impression
intuitive tr�s diff�rente de ce qui ressortait de toutes les autres
sources d�informations r�unies jusque l�. Je ne sais pas quelles en
sont les conclusions que vous en tirez.
Je
trouve ce fait tr�s significatif de la fa�on dont le probl�me corse
a �t� trait� jusqu�ici. Au lieu de lui appliquer la stricte
r�pression polici�re et judiciaire, la gloire de la France aurait
gagn� � ce qu�on traite les �v�nements dans notre pays par
l�intelligence, l��valuation exacte de leur signification politique,
�conomique sociale et culturelle. La Corse et la France y auraient
gagn� du temps et de l��nergie.
L�action conjugu�e des minist�res de l�int�rieur et de la justice
�tait sans doute, les faits le prouvent, le plus maux choix en la
mati�re, �tant tous deux des structures d�ex�cution pure et simple,
et n�agissant que trop tard en mati�re de connaissance.
Un
travail coordonn� de chercheurs, de sp�cialistes des �les, de
l�agriculture et de l��levage, du tourisme, des institutions, sous
l��gide du minist�re des affaires �trang�res aurait �t� sans aucun
doute pour moi plus fructueux. Pourquoi les affaires �trang�res ?
Parce que nous vivons dans un autre monde que le v�tre. La couleur
de notre peau et votre religion chr�tienne apparente, brouillent les
pistes, alors que nos structures mentales sont plus orientales
qu�occidentales, et nos structures sociales plus africaines
qu�europ�ennes. Songez aux facult�s des Corses � s�adapter en
Extr�me-Orient et en Afrique, et au parti que la France a pu en
tirer.
Sur
un autre plan, vous invoquez le contexte g�opolitique actuel pour
expliquer le blocage de la situation corse. Je crois que c�est l�
exag�rer nos dimensions. En outre, je ne vois pas o� est l�int�r�t
du bloc occidental � conserver, sur son glacis m�diterran�en, un
abc�s politique, si petit soit-il, dans une �le qui bien souvent a
�t� point d�appui d�op�rations continentales d�envergure, tant
militaires que politiques.
Au
contraire, une Corse restaur�e dans son identit� politique,
�conomique et culturelle serait un lieu tr�s favorable aux contacts
entre blocs limitrophes, autant qu�un point d�appui strat�gique
fort, analogue � la Suisse, � quelques heures d�avion du Centre
Afrique et du Moyen-Orient.
Rien
de bien nouveau dans ce que je vous dis, sauf que la synth�se n�en a
encore pas �t� faite, et que la France patauge encore
lamentablement, sous le regard critique de ses partenaires. Et ce
n�est pas pr�s de finir, tant la Corse, typ�e par la
g�ographie et par
l�Histoire, fabrique des corses, avec tous ceux qui choisissent d�y
vivre.
Pour
en revenir aux affaires qui me concernent, ainsi que ma compagne et
mon fr�re, mes avocats ont pu me dire de quoi il retournait. Je ne
vois pas comment Fabienne Maestracci peut �tre concern�e par ce que
l�on a trouv� sur le disque dur de son ordinateur portable.
Il
est ind�niable que nous vivions au sein de la mouvance Canal
Historique. L�ordinateur �tait entrepos� dans le bureau d�un
commerce o� Fabienne n��tait pas en permanence, car elle assurait
aussi bien la gestion que la commercialisation ext�rieure de ses
produits, et quelqu�un peut bien avoir emprunt� cet appareil,
relativement rare en Corse, � l��poque o� les faits se seraient
produits, et cela � l�insu de sa propri�taire qui n�en faisait pas
un usage quotidien.
Quant � ce que la police a trouv� chez mon fr�re Laurent-Maurice, il
y a sur Internet et dans les librairies aujourd�hui, des choses
autrement plus subversives et dangereuses, � la port�e
d�adolescents.
Le
fait que nous ayons re�u tous les deux une formation militaire ne
veut rien dire en Corse. Vous seriez sans doute surpris de conna�tre
le nombre d�anciens officiers et sous-officiers des troupes d��lite
de l�arm�e fran�aise, qui sont aujourd�hui proches du mouvement
national corse.
Ces
observations n�ont d�autre pr�tention que de vous aider � former
votre conviction sur un vaste probl�me, et sur l�affaire qui
m�int�resse plus pr�cis�ment. Je ne sais pas si je pourrai me
d�placer lors d�une prochaine audition. Mes forces se mettent �
d�cliner s�rieusement. Ma d�termination, elle, est intacte.
Recevez l�expression de mes sentiments corses, � bient�t peut-�tre.
M.Lorenzoni, � Fresnes le 31 mai 1998
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